La crise de gouvernance que traverse le groupe agroalimentaire DANONE résonne comme un dur rappel aux réalités de la primauté des actionnaires sur les autres parties prenantes : salariés, consommateurs, fournisseurs et citoyens (Le Monde). Le PDG Emmanuel Faber a été viré, purement et simplement comme le dernier O.S. de la firme. A cette différence prêt qu’en 2016, sa rémunération s’élevait à 4,82 millions d’euros, 170 fois supérieure à la moyenne des salariés de l’entreprise à l’international, soit un ratio au-dessus de la moyenne du CAC.

Pourtant il avait donné des gages à ses actionnaires avec son annonce en novembre 2020 d’un plan de localisation baptisé « Local First » devant entraîner la suppression de 1 500 à 2 000 emplois, dont 400 en France, sur environ 100 000 dans le monde. Il s’agissait de faire des économies et de regagner de la compétitivité. Le titre de Danone augmentait en bourse de 3,85 % à la suite de cette annonce. Mais cela ne suffisait pas. Fin janvier 2021, l’arrivée du fonds d’investissement Bluebell Capital en tant qu’actionnaire de Danone remet en cause la présence d’Emmanuel Faber à la tête de Danone. Dans une lettre envoyée à l’ensemble des actionnaires en novembre 2020, Bluebell Capital déplore la performance boursière « décevante » et estime que sous la présidence d’Emmanuel Faber, « le bon équilibre entre la création de valeur pour l’actionnaire et les questions de durabilité » n’a pas été trouvé.

Manifestation des verriers contre la fermeture de l’entreprise en 2001

Malgré les gages en suppression de milliers d’emplois accordés aux actionnaires, le double projet économique et social théorisé par Antoine Riboud, fondateur du groupe agroalimentaire au tournant des années 1970 se cassait les dents sur les marches de la Bourse. Pourtant en bon élève de la mondialisation, outre les suppressions d’emplois cette entreprise moderniste savait protéger les intérêts du capital. En 2008, 47 filiales du groupe Danone étaient identifiées dans la paradis fiscaux, représentant 23 % des sociétés du groupe et échappait ainsi à ses obligations fiscales. D’ailleurs, lorsqu’en 2001, le groupe décida la liquidation de la verrerie de Givors, il le fit à partir de la filiale – BSN Glasspack – qu’il avait domiciliée dans l’un des ces paradis fiscaux, le Luxembourg pays de l’Union Européenne !

L’amitié d’Antoine Riboud – fondateur de BSN – pour les syndicalistes le conduisait à organiser périodiquement – parfois “à intervalles de quelques semaines” – dans sa salle à manger, des rencontres informelles – autour du saucisson de Lyon et d’une bonne bouteille de vin – de syndicalistes et de patrons de l’industrie. Outre le saucisson, le menu comprenait des discussion sur la gestion sociale des entreprises, le temps de travail, l’intéressement… C’est Riboud – « patron social et de gauche » – lui-même qui le raconte dans son livre. Bien sûr, ses invitations n’allaient pas au-delà du cercle du syndicalisme réformiste. Cependant, osé, il interpellait ces congénères du patronat aux assises du CNPF à Marseille en octobre 1972.

Même si les deux fonds n’ont pas obtenu entière satisfaction dans la mesure où ils réclamaient le départ pur et simple du PDG, la décision de limiter le pouvoir d’Emmanuel Faber révèle ainsi la difficulté de concilier les intérêts des actionnaires, qui réclament un niveau de rendement maximum, avec une croissance plus responsable. Déjà, en novembre 2020, l’exercice avait montré ses limites lorsque Danone avait annoncé la suppression de 2 000 emplois malgré un bénéfice net stable sur l’année à près de 2 milliards d’euros.

Fin janvier 2021, l’arrivée du fonds d’investissement Bluebell Capital en tant qu’actionnaire de Danone remettait en cause la présence d’Emmanuel Faber à la tête de Danone. Dans une lettre envoyée à l’ensemble des actionnaires en novembre 2020, Bluebell Capital déplorait la performance boursière « décevante » et estimait que sous la présidence d’Emmanuel Faber, « le bon équilibre entre la création de valeur pour l’actionnaire et les questions de durabilité » n’avait pas été trouvé.

Concernant Danone – entre autres – la finance « a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque et de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste » (Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste).

Sources: www.lemonde.fr/ ; Le dernier de la classe, Antoine Riboud ;