Une trentaine de professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers) ont été rappelés à l’ordre pour avoir consulté la fiche de vaccination d’Emmanuel Macron alors que rien ne le justifiait. Depuis janvier, tous les professionnels de santé ont accès à la fiche de vaccination des Français, sans avoir besoin d’être leur médecin traitant ni de leur accord, dans le cadre du plan national de vaccination contre le Covid. Le libéralisme s’empare de ce droit d’accès aux données médicales du Premier des Français.

Peu importe que le Président ait reçu son injection le 13 juillet, alors qu’elle avait été annoncée le 31 mai et que l’Elysée explique qu’il s’agissait là d’un problème d’enregistrement… Le fond de la question est l’étonnante facilité avec laquelle des individus qui n’avaient aucun intérêt à recueillir l’information se la procurent tout de même. Pourtant ne nous jure-t-on pas du côté de l’assurance maladie que le dossier médical est « Sécurisé. Un service confidentiel dont vous contrôlez l’accès » !

Sécurisé… Vraiment ?

D’après le Journal du Dimanche, les curieux en délicatesse avec les règles de confidentialité auraient reçu un rappel à l’ordre de la part de l’Assurance maladie qui les a pistés : « Il apparaît que vous avez consulté le dossier de M. Macron sans son accord et en dehors du cadre rappelé ci-dessus ». Il est ai aussi rappelé à ces médecins, pharmaciens et infirmiers que l’accès aux données de santé est réservé aux professionnels « assurant la prise en charge effective du patient pour la réalisation de la vaccination ». Avant de les alerter que « toute recherche et accès illégitimes » peuvent « impliquer des sanctions » et donc que « toutes les actions réalisées dans le téléservice sont tracées ». Cela reste quand même gentillet.

En janvier dernier, Mediapart avait révélé « une faille » dans le téléservice consacré à la campagne de vaccination contre la Covid-19. Tout professionnel muni de sa carte professionnelle dite « CPS » et d’un code personnel avait alors la possibilité de consulter les données de tout patient, à partir de son nom de famille et de sa date de naissance. Mais la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) avait nié toute « faille » de sécurité et avait rappelé qu’il s’agissait de « règles courantes relatives à l’exercice professionnel de médecins […] soumis au secret médical et dont l’encadrement de la profession est très strict ». Avec les visites incongrues sur le dossier Macron, tout cela n’est pas confirmé…

Après la fuite des données personnelles de 700 000 personnes testées pour le Covid-19 devenues accessibles en raison d’une faille informatique, ce nouvel avatar sur le dossier du Président confirme la nécessité de revenir à une gestion publique et rigoureuse des informations médicales de tout un chacun. Le privé et les sociétés informatiques américaines à qui l’État confie légèrement les données sensibles des Français doivent être sanctionnées et non pas grondées. La soif du gain conduit à la dérive actuelle. Les services publics doivent reprendre la main.

Ces dérives doivent inciter à la plus grande vigilance face au projet gouvernemental qui veut ouvrir aux médecins du travail, l’accès au dossier médical « partagé » des salariés. Le médecin du travail ou ses collaborateurs pourront avoir accès aux données de la médecine générale du salarié. En échange, on nous annonce que le médecin de famille pourra avoir accès au dossier médical du travail. Donnant-donnant, sauf que dans le dossier médical du travail on n’y trouvera aucune information utile au diagnostic du généraliste, rien sur les conditions de travail, rien sur les expositions toxiques… Car, selon le patronat, on ne doit pas savoir qu’elles sont les conditions de travail : secret professionnel ! Selon le médecin inspecteur régional du travail de Rhône-Alpes (message au médecin du travail, 9/02/2010) même le poste de travail ne peut être transmis « s’il n’a pas été visé par l’employeur et le salarié ». Autant dire que l’accès au « dossier médical partagé » du salarié sera totalement unilatéral, au profit de l’entreprise.

Sources : www.leprogres.fr/; www.capital.fr/; www.mediapart.fr/ ; www.lejdd.fr ;