Deux ans après la fermeture de la verrerie de Givors, l’attention des anciens verriers fut attirée par le développement des cancers parmi les adhérents de l’association créée dès l’entreprise disparue. Devant l’inquiétude, une enquête santé fut lancée au printemps 2009 auprès des 645 adhérents. Près du tiers répondirent, 209 réponses purent être exploitées. Parmi ces réponses on observe 127 cas de malades ou décédés ; soit plus de 50 %. Ce sont 210 pathologies qui sont observées (un même individu pouvant en développer plusieurs). Parmi ces pathologies, on relève 93 cancers, 82 autres pathologies déterminées, 10 autres non déterminées, 11 morts subites et 10 décès dont les causes ne sont pas précisées. Tout cela est consigné dans un document qui a été soumis à la discussion de l’assemblée générale de l’association des anciens verriers, réunie le 23 septembre 2009, et approuvé.

Immédiatement, l’association constate un taux de cancers dix fois supérieur à celui du monde du travail observé par l’enquête ESTEVE effectuée sur 20 000 salariés par les médecins du travail. Elle décide d’attirer l’attention des autorités sanitaires du travail. Dès le 19 octobre 2009, les anciens verriers présentent les résultats de leur enquête de santé aux autorités de santé au travail lors d’une réunion en mairie de Givors, en présence de l’adjointe au maire et des représentants de la direction régionale du travail, du médecin inspecteur régional du travail, de la Cellule interrégionale d’étude épidémiologique et de la médecine du travail de l’entreprise. Bien qu’elles jugent « non scientifique » l’étude réalisée, les autorités de santé se refuseront d’en réaliser une. De peur sans doute de venir confirmer la réalité.

Une législation protectrice pourtant bien établie.

Installée le long du Gier depuis les années 1940, la verrerie BSN-DANONE ne pouvait ignorer une législation protectrice de la santé des travailleurs déjà bien établie au cours des années qui ont suivi.

Le 3 août 1945 est créé le tableau de maladie professionnelle n°25 intitulé « Maladies consécutives à l’inhalation de poussières siliceuses et amiantifères »

C’est dès le 3 août 1945 qu’est créé le tableau de maladie professionnelle n°25 intitulé « Maladies consécutives à l’inhalation de poussières siliceuses et amiantifères ». Le 24 juillet 1977, paraît l’arrêté relatif à la « Liste des travaux nécessitant une surveillance médicale spéciale » prévoyant que devaient faire l’objet d’une surveillance médicale spéciale les salariés effectuant des travaux comportant la préparation, l’emploi, la manipulation, notamment, aux agents suivants qui ont été utilisés au sein de la verrerie : arsenic et ses composés, acide chromatique, chromates, bichromates alcalins, plomb et ses composés, benzène et homologues, dérivés halogénés, nitrés et aminés des hydrocarbures et de leurs dérivés, brais, goudrons et huiles minérales. Etaient également visés les travaux exposant aux poussières de silice. Puis, le 14 mai 1985 est publiée la circulaire relative à la prévention des cancers d’origine professionnelle et prévoyant, par ailleurs, des valeurs limites de moyennes d’exposition pour le benzène, le chrome, les hydrocarbures aromatiques polycycliques. Enfin, le décret du 2 octobre 1986 institue des suivis médicaux post-professionnels pour les salariés exposés à des agents cancérogènes.

Nul n’ignore les facteurs reconnus cancérogènes (groupe 1 du CIRC) faisant l’objet d’une surveillance ciblée sur des formes tumorales : l’amiante (cancers du poumon, de la plèvre-mésothéliome, cancers du larynx et de l’ovaire), la silice (cancers du poumon), les métaux – cadmium, chrome VI, nickel, cobalt (cancers du poumon), benzène (hémopathies malignes), les brouillards d’acides forts minéraux (cancers du larynx), les hydrocarbures aromatiques polycycliques – HAP (cancers du poumon, de la peau et de la vessie). Tous produits largement et quotidiennement utilisés dans la verrerie.

Depuis 2009, le combat des verriers a mis largement en évidence la dangerosité de leur métier. A ce jour, seize maladies professionnelles sont reconnues – par le Sécurité sociale ou les tribunaux – une au benzène, une à l’arsenic, une à la silice, neuf à l’amiante, deux aux huiles minérales et deux en polyexposition (amiante, hydrocarbure et solvants). Deux autres procédures pour la reconnaissance de cancers du poumon sont en d’instance devant les tribunaux. Enfin, soixante-trois dossiers sont pendants devant la cour d’appel de Lyon pour faute inexcusable de l’employeur.