Au mois de juin, le scandale de la pollution du Rhône, de l’air, des sols, des eaux de consommation courant, le lait maternel aux perfluorés rejetés par l’usine Arkema de Pierre-Bénite était révélé au grand public. L’analyse conduite par l’association Notre affaire à tous et validée par Jacob de Boer professeur de chimie à « Vert de rage » révèle des quantités alarmantes dans l’environnement du site industriel d’ARKEMA à Pierre-Bénite. Dans l’air, les taux de PFOA mesurés jusqu’à huit fois supérieures aux valeurs de référence de l’ONU. Dans les sols, les teneurs en PFUnDA dépassent de 83 fois les normes néerlandaises (249 microgrammes/kg contre 3 µg/kg), utilisées comme référence faute de réglementation française. Dans les eaux rejetées par l’usine dans le Rhône, le taux de PFAS est 36 414 fois supérieur à celui relevé dans le fleuve en amont (364 144 nanogrammes/litre contre 10 ng/l). Tous les échantillons d’eau du robinet dépassent les normes européennes qui doivent bientôt entrer en vigueur en France (plus de 200 ng/l sur trois captages contre 100 ng/l). Et la moyenne des PFAS retrouvés dans le lait maternel est deux fois plus importante que chez les femmes hollandaises (160,7 ng/kg contre 70,7 ng/kg) (www.franceinfo.fr/).

Arkema à Pierre-Bénite dont le rejet d’eau polluée ne sont pas soumis à réglementation…

Aujourd’hui, « la mairie se veut rassurante » (Le Progrès, 26/10/2022). De nouvelles analyses ont été lancées à sa demande au laboratoire Antéa Group. Mais le compte rendu de la réunion publique, organisée par la mairie, pour rendre compte est plutôt discret sur les résultats. Aucun chiffre comparatif, mais une affirmation (non démontrée) : « des concentrations moins alarmantes que les résultats présentés dans la série documentaire ‘Vert de rage’ ». Mais encore ? Le documentaire donnait des chiffres, des comparaisons, aujourd’hui rien.

Sauf que le champ de captage de Ternay, alimentant Chasse-sur-Rhône, Givors, Grigny et 200 000 habitants est « à surveiller ». « Une analyse de la chair des poissons a commencé », sauf qu’elle a déjà été réalisée depuis longtemps par l’équipe de l’Inrae à l’Île-du-Beurre (Tupins et Semons) à 40 km au sud de Lyon et que l’analyse révèle la présence de perfluorés dans la chair des poissons.

« Aujourd’hui en France il n’y a pas de valeur de référence existante qui sont applicables. On est sur des polluants émergents. Du coup c’est compliqué après résultats de faire des recommandations », souligne la représentante du d’Antéa Group. Une étude contradictoire, commandée par la mairie, pour rien ? Ou sinon simplement pour mettre en doute la publication de l’analyse scientifique précédente.

En matière de risques industriel et professionnels c’est une vieille habitude des industriels et des pouvoirs politiques de semer le doute sur les risques avérés. L’industrie du tabac a bien sut le faire, et continue. Les industriels de l’amiante le pratiquent depuis plus d’un siècle et l’on compte plus de 100 000 morts dus à la « fibre tueuse ». Le pouvoir politique couvre les industriels responsables de cet usage criminel de l’amiante car depuis plus de 20 ans les plaintes au pénal déposées par les organisations et syndicats n’ont toujours pas abouties à des procès en bonne et due forme. Cent mille morts, mais aucun responsable !

Mais la population n’est pas dupe de la manœuvre. A la réunion organisée par la mairie. L’un des participant peut dire : « J’ai l’impression d’entendre ce que l’on a entendu il y a cinquante ans pour l’amiante. Le même scénario. Quand on voit le nombre de perfluorés rejetés dans le Rhône par l’usine. En ce moment il y a des prélèvements d’air qui sont faits chez Arkema par Arkema téléguidés par la Dreal et qui sont exactement les mêmes que ceux faits par les journalistes qui ont révélé l’affaire. Des résultats que vous avez dénigrés. » Ou ce retraité d’Arkema : « Arkema rejette dans l’eau, les sols, l’air des PFAS depuis des années. Il est leader dans la chimie du fluor. L’entreprise maîtrise parfaitement cette chaîne de production. Le directeur nous dit qu’il n’existe pas de réglementation en France concernant les rejets de PFAS donc il respecte la réglementation. Ce n’est pas une posture responsable. Le centre de recherche de Pierre-Bénite apporte depuis des dizaine d’années son expertise au service de polymères fluorés améliorant les qualités, créant de nouvelles molécules, diversifiant les utilisations. Il est donc capable de trouver des substituts au PFAS. »

Pas sûr que de nos jours, la population sensibilisées aux risques chimiques accepte longtemps cette comédie des études vérifiant les études, tergiversant sur les mode d’observation. La mobilisation des travailleurs et des populations bien au-delà des riverains sera déterminante pour que le scandale cesse.

http://www.verriers-givors.com/ce-que-nous-revele-la-pollution-dont-arkema-est-a-lorigine/ (27/06/2022)