Le 26 septembre 2019, 9 505 tonnes de produits chimiques avaient brûlé sur le site de Lubrizol à Rouen et sur celui de l’entreprise voisine Normandie Logistique. L’incendie, qui n’a pas fait de victime, avait provoqué un gigantesque nuage de fumée noire de 22 km de long avec des retombées de suie jusque dans les Hauts-de-France. En octobre 2019, l’État avait estimé qu’au moins 1 800 agriculteurs avaient été touchés par les suies de l’incendie. Et le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume avait assuré que l’incendie avait causé aux agriculteurs un préjudice global estimé « entre 40 et 50 millions » d’euros.

La justice vient de se prononcer favorablement pour les intérêts d’un maraîcher, reconnaissant le préjudice subit. Par un jugement du 23 juillet 2021, le tribunal administratif de Rouen a condamné l’État à indemniser un maraîcher situé sur la commune de Morgny-la-Pommeraie (Seine-Maritime). L’agriculteur, qui avait débuté son activité au printemps 2019, avait subi un préjudice du fait des mesures de restriction de mise sur le marché de produits agricoles prises par le ministère de l’Agriculture, produites dans 216 communes.

L’incendie de Lubrizol à Rouen et une pollution ressentie à plus de 40 km à la ronde.

Le maraîcher bio qui avait commencé une activité de maraîchage au printemps 2019 à Morgny-la-Pommeraye, à 18 km de Rouen, fait partie des producteurs qui ont dû détruire leurs récoltes après des arrêtés préfectoraux interdisant la commercialisation des productions agricoles dans 216 communes de cinq départements. Cette interdiction, « destinée à prévenir un risque de contamination lié à des retombées polluantes consécutives à l’incendie survenu sur le site industriel Seveso classé en seuil haut », de Lubrizol à Rouen, a été en vigueur du 28 septembre au 18 octobre, rappelle le tribunal.

Selon le jugement, « le préfet se prévaut de la situation irrégulière du requérant à la date du sinistre », soulignant ainsi que le représentant de l’État chipote pour honorer les responsabilités publiques. Mais, les juges estiment « il ressort des termes d’un courrier de la préfecture daté du 25 octobre 2019 que » l’exploitant avait « déposé le 24 septembre 2019 une déclaration préalable d’exploiter » Et « il ne résulte pas de l’instruction que les services de la préfecture auraient adressé à l’exploitant la mise en demeure de régulariser sa situation », ajoutent les juges. L’État a été condamné le 23 juillet à verser au producteur 4 354 euros d’indemnisation dont 500 euros pour préjudice moral, selon le jugement rendu.

Les agriculteurs ne sont pas seuls sur le terrain de l’observation des conséquences de la pollution engendrée par l’incendie de Lubrizol en septembre 2019. L’analyse des lichens effectuée à l’automne 2019 a révélé des valeurs en hydrocarbure aromatiques polycyclique (HAP) inquiétantes, car hautement cancérogène. Les lichens sont des organismes symbiotiques associant un champignon à une algue. Ils sont utilisés depuis plusieurs décennies pour évaluer la qualité de l’air. En cas de pollution atmosphérique, même faible, les lichens absorbent les polluants ce qui peut aller jusqu’à les faire disparaître. C’est pourquoi les lichens peuvent être utilisés comme bio-indicateurs de la qualité de l’air. Trois associations (Union des victimes de Lubrizol, Respire Rouen et Association des sinistrés de Lubrizol), par un courrier du 9 août, ont demandé des explications au préfet de la Seine-Maritime qui estime qu’aucune conclusion sanitaire ne peut être faite.

Les concentrations les plus importantes en HAP ont été retrouvées dans des communes sous le panache entre 30 et 40 km de Rouen. Les pouvoirs publics auraient-ils sciemment mis le couvercle sur les résultats inquiétants d’une étude portant sur la pollution causée par l’incendie des installations de Lubrizol et Normandie Logistique survenu le 26 septembre 2019 ? Affaire à suivre.

Sources : www.actu-environnement.com/ ; www.20minutes.fr/ ; www.actu-environnement.com/