Les maladies d’origine industrielle.

A Givors, les principaux motifs d’admission en affection de longue durée (ALD) par la Sécurité sociale sont les maladies cardiovasculaires, le tumeurs et le diabète, selon le Diagnostic local de santé établi en 2016 par l’Observation régional de santé (ORS), http://www.ors-auvergne-rhone-alpes.org/pdf/DLS_Givors.pdf

Dans cette commune on relève un taux de patients hospitalisés pour le cancer du poumon plus élevé que dans les autres communes de la région. Il en est de même pour les soins psychiatriques. Les traitements médicamenteux (antidépresseurs, psychotropes, antiallergiques, antidiabétiques) sont particulièrement élevés. On relève de fortes disparités dans la ville même, puisque les antidiabétiques sont deux fois plus consommés dans les quartiers défavorisés de « Politique de la ville ».

Pour les hommes et les femmes, les tumeurs et les pathologies de l’appareil respiratoire constituent les causes principales de mortalité. D’ailleurs, les décès liés au cancer du poumon touchent principalement les cités ouvrières comme Givors, Saint-Fons, Vénissieux, Vaulx-en-Velin. D’une façon générale on peut faire le même constat pour les maladies de l’appareil respiratoire. Le taux de mortalité des plus de 65 ans de tumeurs et maladies cardiovasculaires, ainsi que du diabète est plus élevé que dans la région Rhône-Alpes. A Givors, le taux de mortalité prématuré (avant 65 ans) est supérieur à la celui de la même région.

On attribue généralement les causes du diabète à la mauvaise nutrition, aux habitudes alimentaires et à l’insuffisance de sport… Mais peu à peu émergent d’autres raisons. La récente étude menée à Fos-sur-Mer montre la fragilisation de la santé des populations par la pollution industrielle. De nouveaux facteurs apparaissent avec les particules fines (nanoparticules, conséquence de processus de hautes températures) pénétrant le système respiratoire et passent dans le sang ; les perturbateurs endocriniens qui modifient grandement les systèmes hormonaux ; le travail posté désorganisant le cycle de vie, etc. émergent à l’origine du développement du diabète dans les cités populaires.

Vent de Nord, de Sud, d’Ouest toute la population pouvait en « bénéficier »…

La pollution de l’environnement par la verrerie de Givors est notoire. Le 29/9/1993, le Progrès publiait un reportage sur les travaux engagés : « D’ici à 5 ans, les émissions polluantes auront été réduites de plus de 75 % ». En 1976, selon les statistiques de l’entreprise, la verrerie rejetait dans l’atmosphère 72 tonnes de soufre par mois. Cela mérite que l’on rappelle les données, alors que l’on s’interroge sur les causes possibles de la mauvaise santé des populations de l’agglomération. Le dioxyde de soufre, autrefois également appelé anhydride sulfureux, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un gaz incolore, dense et toxique, dont l’inhalation est fortement irritante. Il est libéré dans l’atmosphère terrestre par de nombreux procédés industriels, ainsi que par la combustion de certains charbons, pétroles et gaz naturels non désulfurés. Les risques d’atteinte pulmonaire sont connus, cette substance est cancérogène pour l’homme. L’Union Européenne le classe corrosif (R-35) et la Sécurité sociale le reconnaît au tableau 22, depuis le 18 juillet 1945, parmi les maladies professionnelles de « sufocarbonisme professionnel ».

A l’ébauche des pots de la verrerie, le soufre a été utilisé jusqu’à la fin (2203) grâce à sa propriété particulière : il ne se rétracte pas en refroidissant. Il arrivait par sacs de 50 kg à l’atelier. Il était constamment en chauffe au bain-marie, liquide il était versé dans les moules en fonte. Au démoulage on avait l’image de l’article, sans rétractation. A la moulerie, un ouvrier en fut l’une des victimes, décédé à 66 ans d’un cancer du poumon.

Nous avons remarqué que le dioxyde de soufre est libéré dans l’atmosphère par de nombreux procédés industriels, ainsi que par la combustion de certains charbons, pétroles et gaz naturels non désulfurés. Or, l’agglomération industrielle givordine n’a pas manqué d’industries sidérurgiques et métallurgiques dont la population d’aujourd’hui en paie le prix sanitaire.