Le gouvernement a annoncé ce 18 juin vouloir réimplanter en France d’ici trois ans la chaîne de production du paracétamol, très utilisé par les Français. Ne serait-ce pas qu’un effet d’annonce ? Quand on sait le peu de volonté du pouvoir d’intervenir dans les orientations industrielles. Par contre, il est prêt à apporter 200 millions à Sanofi sans condition, comme l’a montré le président lors de son dernier voyage dans la région lyonnaise.

Par deux fois ces dernières semaines, Emmanuel Macron a déclaré qu’« il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Finira-t-il alors par nationaliser l’usine Luxfer de Gerzat, dernier établissement européen de production de bouteilles d’oxygène médical ? Depuis des mois, les anciens salariés dénoncent la fermeture de ce site qui, en 2018, avait enregistré une hausse de 58 % de ses bénéfices. Dans les Côtes-d’Armor et les départements voisins, c’est toute une région qui se démène depuis des semaines pour sauver l’usine de Plaintel qui, jusqu’en 2010, fournissait les hôpitaux en leur livrant jusqu’à 200 millions de masques chaque année. Fermée il y a un an et demi par Honeywell puis transférée en Tunisie, elle est devenue un symbole des abandons industriels. Le président agira-t-il ? En Rhône-Alpes, l’usine pharmaceutique Famar à Saint-Genis-Laval (Rhône), sous-traitant de Sanofi, est en cessation de paiements depuis juillet 2019. Dans tous ces cas, ce sont les moyens de santé qui sont questionnés… Et la parole de l’État tarde à se concrétiser.

Les salariés de Luxfer s’opposent à la liquidation
de leur entreprise

Le paracétamol est un traitement indispensable et très utilisé aussi durant les crises sanitaires, comme celle de la Covid-19. C’est un produit « grand public, et faire une annonce là-dessus parle à tout le monde », nuance auprès de l’AFP l’économiste Marie Coris, chercheuse à l’université de Bordeaux, appelant à « une profonde restructuration des chaînes de valeurs, qui nécessiterait un plan beaucoup plus large » plutôt qu’un éventuel « effet d’annonce ». « Un coup de pouce pour chaque médicament ne marchera pas, on ne pourra pas pallier la concurrence des pays à bas coût. » En France, la dernière usine fabriquant de la poudre de paracétamol a été fermée en 2008 par le groupe Rhodia – en revanche, certaines usines fabriquent toujours dans l’Hexagone des médicaments au paracétamol, comme Sanofi à Compiègne ou Upsa à Agen. À l’heure actuelle, entre 60 et 80 % des principes actifs – nécessaires à la fabrication des médicaments – sont fabriqués hors de l’Union Européenne, notamment en Inde et en Chine, rappelle opportunément www.lequotidiendumedecin.fr/ le 18/06/20.

« L’idée que nous défendons tous, en tant qu’acteurs indispensables de la chaîne de valeur, n’est pas de relocaliser l’intégralité des besoins, mais de favoriser les chaînes les plus critiques », avaient averti mercredi les entreprises françaises de la synthèse chimique (SICOS). Elles demandaient aussi la modernisation des sites existants « afin qu’ils soient en capacité de garantir cette sécurité d’approvisionnement et de soutenir le développement rapide de procédés innovants, compétitifs et moins impactants pour l’environnement ». Des sous !

Sanofi est un groupe habitué des cadeaux publics. Il bénéficie chaque année de plus de 150 millions d’euros d’argent public au titre du Crédit d’impôt recherche (CIR), soit 1,5 milliard sur 10 ans ; alors même que 300 emplois sont en train de disparaître dans ses services de recherche et développement (R & D). A cela vient s’ajouter le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi (CICE) qui de 13 millions en 2013 est passé à 24 millions en 2018… En outre, plus de 80% du chiffre d’affaire de Sanofi provient du remboursement de la Sécurité sociale. En vérité, cette multinationale française vit sous perfusion d’argent public. De l’argent qu’elle dilapide généreusement à ses actionnaires ! Plus de 3,95 milliards d’euros de dividendes ont ainsi été versés au titre de l’exercice 2019. Les délocalisations ne sont pas réalisées pour réduire le prix des médicaments pour la Sécurité sociale, mais pour accroître la marge bénéficiaire distribuée aux actionnaires.

ante. quis, suscipit odio efficitur. ut luctus venenatis,