Les verriers de Givors qui ont soutenu une lutte de vingt mois contre la fermeture de leur entreprise dégageant une rentabilité supérieure à 15 %, soutiennent évidemment la lutte engagée actuellement contre la réforme des retraites envisagée par Emmanuel Macron. Même si la plupart d’entre eux sont déjà en retraite.

Force est de constater que les conditions de travail sont toujours plus exigeantes et fragilisent celles et ceux qui, avec l’avancée en âge, rencontrent des problèmes de santé, des maladies chroniques, ou une usure du corps. Sans parler des salariés qui subissent une pathologie psychique due au travail les conduisant à un licenciement pour inaptitude. Après 50 ans, ils auront beaucoup de difficultés pour retrouver un travail. Les entreprises n’aiment pas les vieux et encore moins les vieux malades. Pour ceux-là, la réforme risque d’entraîner une forte dégradation du montant de leur pension car ils n’atteindront jamais le nombre de trimestres requis pour une retraite sans décote.

Un livre pour comprendre la lutte des verriers de Givors contre la liquidation des emplois et pour la reconnaissance des maladies d’origine professionnelle.

Les entreprises qui « dégraissent » leurs effectifs pour améliorer – encore – la rentabilité, comme le fit à Givors le groupe BSN-DANONE en 2003, n’hésitent même pas à mettre une partie du personnel en pré-retraite dès 55 ans, voire moins. Ce fut le cas de 30 % d’entre-eux. Par des « mesures d’âge », avec le soutien du pouvoir, pour faciliter les liquidations d’emplois. Et les véritables privilégiés de la fortune reprocheraient aujourd’hui, à certains métiers pénibles de bénéficier d’une cessation d’activité à cet âge !

Les mauvaises conditions de travail subies au cours de la vie professionnelle ont souvent une part de responsabilité importante dans la dégradation de la santé. Travail de nuit, postures pénibles, port de charges, pression temporelle, gestes répétitifs sont autant de contraintes qui participent de l’installation de problèmes de santé au cours du temps. A la longue, ces derniers finissent par devenir handicapants et compromettent le maintien au poste de travail. Un salarié sur deux qui fait valoir ses droits à la retraite n’est déjà plus en emploi. Il est au chômage de longue durée, en maladie, au RSA ou en invalidité.

Chaque année, ce sont plus de 130 000 travailleurs qui sont licenciés pour inaptitude. Selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) de décembre 2017, entre un et deux millions de salariés risquent de perdre leur emploi à court-moyen terme à cause d’un problème de santé ou de handicap. L’étude Vican5, publiée en juin 2018 par l’Institut national du cancer (www.e-cancer.fr/), montre que cinq ans après un diagnostic de cancer, la qualité de vie et la situation en emploi restent fortement dégradées. Un salarié sur cinq a perdu son emploi. Selon un article du Journal of Clinical Oncology publié par la sociologue Agnès Dumas (Inserm), parmi les 21 % de femmes qui n’avaient pas repris une activité deux ans après le diagnostic de leur cancer, la grande majorité (74 %) était en arrêt maladie, 9 % à la recherche d’un emploi et 17 % étaient dans une autre situation.

La situation est encore pire pour les salariés devenus inaptes à la suite d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle. Selon une étude menée en 2016 par la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés (Fnath) auprès de 5 000 de ses adhérents, 62 % des répondants ont été licenciés pour inaptitude à la suite d’un accident ou d’une maladie d’origine professionnelle.

Enfin, rappelons que les ouvriers vivent six ans de moins que les cadres et dix de moins sans incapacité. C’est la double peine des catégories du bas de l’échelle sociale : des années de vie en moins et des années de souffrance en plus. Des différences dues notamment à la pénibilité du travail dont nos gouvernants se refusent à prendre en compte les éléments. Et ils osent parler d’une évolution vers un système de retraite plus équitable, alors que la question de la pénibilité et de l’espérance de vie n’est pas prise en compte dans la réforme.

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