La multinationale américaine qui absorba BSN-Glasspack vendue par Danone en 2004 (avec la verrerie de Givors) vient de s’offrir une page de pub dans Le Progrès (06/02/2020) à l’occasion de du déménagement du siège historique de Villeurbanne à Vaulx-en-Velin, pour faire des économies. Le directeur général du « country group France-Espagne » qui présente la nouvelle entité dans ses locaux flambants neufs présente les activités du groupe et ses projets de modernisation. L’appellation d’O.I. Manufacturing est abandonnée et est devenue O.I. France, qu’on se le dise. Les verriers n’oublieront pas de suivre à la trace leur ancien employeur qui refusa de délivrer en 2003 les attestations d’exposition à l’amiante et aux hydrocarbures, en violation du Code du travail.

BSN vendue pour 1.16 milliard d’euros, soit 92 % du chiffre d’affaires et 11 fois le résultat opérationnel.

Les changements de nom des entreprises et des groupes, suite à des rachats, cessions-acquisitions, concentrations, restructurations, etc. sont très usités et très pratiques pour justifier la perte de ses traces, surtout toxiques. Effacements que souhaitent et revendiquent d’ailleurs les dirigeants au plus haut niveau. N’est-ce pas Franck Riboud, le PDG de Danone qui écrivait le 15 octobre 2001 à la ministre de l’emploi pour « attirer son attention sur une question du député communiste Monsieur André Gerin » pour lui rappeler « une nouvelle fois » que le « Groupe Danone n’a plus, depuis maintenant deux ans le contrôle et le management de cette société » ? Pourtant, il faudra attendre le 19 février 2004, pour que Les Echos apprennent à ses lecteurs que Danone possédait encore 44 % du capital en 2003. Plus le mensonge est gros dit-on plus il passe : la cession s’est tout de même conclue à « 1,16 milliards d’euros, soit 92 % du chiffre d’affaires et quelque 11 fois le résultat opérationnel ». La liquidation de la verrerie de Givors qui dégageait une rentabilité supérieure à 15 % s’est opérée dans la foulée « après des débuts mouvementés », précisaient Les Echos.

Il n’y a pas que le PDG de Danone qui souhaite qu’on oublie l’entreprise qu’il dirigeait. Les verriers de Givors poursuivent l’entreprise repreneuse pour son défaut de production des attestations d’expositions aux produits cancérogènes et toxiques, nécessaires à leurs suivis médicaux post-professionnels et à la reconnaissance des pathologies, et continuent d’exiger le respect des obligations nées du contrat de travail. Ils se heurtent au même mutisme de la part des nouveaux dirigeants (issus de la précédente direction). Lors d’une réunion tenue en préfecture le 30/03/2010 sur convocation du préfet, à propos de ce défaut d’attestations, en présence du Président O.I. Manufacturing, du Directeur des Relations Humaines et Sociales d’O.I. Manufacturing, du Médecin de la DRASS, du Médecin inspecteur régional du travail – DIRECCTE, du Directeur Unité Territoriale du Rhône de la DIRECCTE, de l’Adjoint au directeur du Pôle Travail de la DIRECCTE les participants eurent droit à ce morceau d’anthologie de mémoire défaillante de la part du Président O.I. Manufacturing : « Monsieur François déclare que son entreprise ne dispose pas non plus des renseignements nécessaires pour établir l’attestation demandée, mais qu’il est prêt à collaborer, dans le cadre d’une enquête, pour faciliter l’accès à ce qui a été conservé (archives RH) ou qui pourrait être reconstitué (produits pouvant être utilisés selon les types et procédés de fabrication). »

Il y a dix ans que cette superbe déclaration a été prononcée. Mais depuis dix ans les verriers attendent toujours un début de collaboration du groupe « pour faciliter l’accès à ce qui a été conservé (archives RH) ou qui pourrait être reconstitué (produits pouvant être utilisés selon les types et procédés de fabrication). » On sait même qu’invitée en décembre 2019 par la Présidente de la Cour d’appel de Lyon à engager avec les verriers une médiation sur le dossier, la direction d’O.I. Manufacturing s’y est refusée !

Mémoire toujours : dans le papier du Progrès le directeur général attribue la création du bocal « Le Parfait » à l’usine de Reims, alors qu’en fait c’est le produit de l’usine de Rive-de-Gier, liquidée depuis, comme celle de Givors. Mais là encore il ne faut pas parler des morts ! Sans doute oublie-t-il aussi la provision de 990,8 millions de dollars « liée aux coûts d’utilisation de l’amiante », réalisée sur l’exercice 2003. Une provision que les verriers de Givors n’auront de cesse d’oublier en se présentant à l’audience de la Cour d’appel de Lyon, le 25 février 2021. Oui dans un an. O.I.-Manufacturing change de nom et de peau, mais n’a pas perdu le sens des intérêts des actionnaires.

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