« Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu » Berthold Brecht

En 2001, les verriers de Givors se sont battus contre la fermeture de leur entreprise décidée par les fonds de pensions regroupés dans le paradis fiscal européen, le Luxembourg. Franck Riboud, le PdG du groupe BSN-DANONE, descendant des familles de maîtres verriers Neuvesel dès 1790, Souchon, Frachon, Riboud Antoine qui avaient bâti, avec des dizaines de générations d’ouvriers, employés et cadres cette belle entreprise verrière, avait décidé de se débarrasser du bijoux de famille. Il rassembla les capitaux d’une trentaine de banques et fonds de pensions donnant naissance à BSN-Glasspack attirés par l’appât du gain. Les prédateurs étaient réunis pour liquider les 317 emplois givordins. Pour quel objectif ? « Se désengager du verre creux, du contenant », réaliser le profit spéculatif maximal, investir et créer des emplois à l’étranger. Il y a quinze ans de cela.

L’entreprise était rentable : plus de 15 % affichés au compteur ! Les salariés qui souhaitaient la modernisation et le développement de l’emploi à Givors, perdirent une bataille, mais ne perdirent pas la guerre. Le 15 janvier 2003 le dernier four était coulé, s’était la fin de la verrerie. Après 21 mois de lutte quotidienne, unie de l’ouvrier au cadre, opiniâtre, l’entreprise ferma ses portes. Comme disait le premier ministre socialiste de l’époque : « l’État ne peut pas tout », il ne fit même rien pour l’empêcher ! Mais si la lutte ne permit pas de sauver l’usine, elle obtint le reclassement de tous les salariés. Déjà un beau succès que l’on ne retrouve pas beaucoup ailleurs.

Outre ce résultat appréciable, cette belle lutte unie laissa des traces, vivaces. L’association des anciens verriers naissait alors. Aussi acquit de la lutte, elle obtenait la cession à l’euro symbolique d’un local situé dans l’ensemble immobilier de l’entreprise où elle installait son siège. Cela lui permettait de conserver le contrat de groupe de la mutuelle dont pouvait continuer à bénéficier ses membres. Mais lorsque la maladie frappa plusieurs de ceux-ci cela devint visible pour tous. Et un autre combat commença : la lutte pour la reconnaissance de l’origine professionnelle des maladies développées.

Même si le ministre du travail se refuse toujours d’inscrire la verrerie de Givors dans la liste des sites amiantés (la Cour d’appel administrative doit prochainement se prononcer sur le recours des anciens verriers), huit cancers liés à l’amiante ont été reconnus par la Sécurité sociale comme maladies professionnelles. Même si l’américain O.I.-Manufacturing, l’acquéreur de la verrerie de Givors se refuse toujours à délivrer des attestations d’expositions à l’amiante et aux produits toxiques dont lui fait pourtant obligation le Code du travail (la Chambre sociale de la Cour d’appel de Lyon doit se prononcer prochainement sur le recours des anciens verriers), une leucémie liée au benzène, une dermatose liée aux huiles minérales, une silicose liée au sable, un cancer cutané lié à l’arsenic ont été reconnus par la Sécurité sociale comme maladies professionnelles. Deux cancers des voies aérodigestives supérieures consécutifs à une polyexposition à l’amiante, aux hydrocarbures et aux solvants ont été aussi reconnus d’origine professionnelle, confirmés en Cour d’appel. O.I.-Manufacturing qui continuait de contester se vit débouter froidement par la Cour de Cassation.

« …Ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu » ! Ce n’est pas le cas des verriers de Givors, et ils poursuivent le combat en 2018, quinze ans après la fermeture de l’usine.