« L’Institut national du cancer, dans son rapport d’activité 2018, illustre les points clés de son action dans l’ensemble des dimensions de la cancérologie : la prévention, le dépistage, l’épidémiologie, la qualité et sécurité des soins et des traitements, la continuité et la qualité de vie, l’innovation thérapeutique et la médecine de précision, le soutien et la structuration de la recherche, l’information des publics, les partenariats et les actions internationales, la structuration et le pilotage. » Ainsi, dès les premières lignes de son rapport d’activité 2018, publié le 22 juillet, l’institut INCa dresse un tableau flatteur de son action pour « une année porteuse d’espoirs ».

Nulle part on observa une avancée sur la prévention du cancer dans les entreprises ou sur des produits industriels à risque. Pourtant le scandale de l’amiante qui rebondit avec les révélations sur cette pollution encore présente dans la plupart des crèches, écoles, lycées, administrations et logements qui nous annonce 100 000 morts pour les années à venir méritait au moins un regard. « L’agence d’expertise sanitaire et scientifique en cancérologie de l’État (loi de santé publique du 9 août 2004) « par sa vision intégrée de l’ensemble des dimensions sanitaire, médicale, scientifique, sociale, économique liées aux pathologies cancéreuses », devrait aussi s’intéresser à cette dimension du problème.

La « très forte prévalence des multi-expositions » à divers produits cancérogènes comme l’amiante, la silice, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, le benzène, les solvants chlorés, les fumées de soudage ou encore le formaldéhyde est d’ailleurs l’un des principaux enseignements de l’étude des parcours professionnels.

Mieux vaut sans doute répéter inlassablement que « le tabac est le premier facteur risque de cancer » et de culpabiliser les hommes qui ne font pas les tests de dépistage du cancer colorectal et les femmes qui ne réalisent pas ceux du cancer du col de l’utérus. Au centre Léon-Bérard, sur 450 patients accueillis un tiers souffraient de cancers broncho-pulmonaires sur lesquels une action spécifique a été menée. Un questionnaire de repérage a permis de les cibler : 61 % de ces patients vus à la consultation avaient été exposés à une ou plusieurs substances cancérogènes et 39 % à au moins deux substances, l’amiante étant la plus fréquente. Environ 13,5 % des salariés en France seraient exposés à un ou plusieurs facteurs cancérogènes au cours de leur activité professionnelle, soit environ 2 370 000 salariés. Cela ne vaudrait-il pas quelques lignes dans un rapport annuel de l’Institut national du cancer ?

Comment s’en étonner, après les révélations de deux rapports passés inaperçus et révélés par lemonde.fr « En France, il arrive que la discrétion soit la contrepartie de la liberté. Rendus en décembre 2018 et publiés quatre mois plus tard sans tambour ni trompette, deux rapports – l’un de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS), l’autre du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) – dressent chacun un bilan accablant du troisième plan national santé-environnement (PNSE), en vigueur entre début 2015 et fin 2019. Ces évaluations seront examinées, mardi 9 juillet, pour l’élaboration du futur quatrième PNSE, dit-on à la direction générale de la santé. » Passés inaperçus lors de leur publication, les deux rapports concluent en substance que le PNSE en vigueur n’a eu « aucun impact sanitaire positif mesurable », précise Le Monde.

Greta Thunberg jeune suédoise, qui défraya la chronique à l’Assemblée nationale le 23 juillet 2019 apporte un étrange éclairage sur cette situation : « Le plus grand danger, c’est lorsque les entreprises et les politiques font semblant d’agir alors que rien n’est fait, sauf de grandes campagnes de communication. » Avec le rapport de l’INCa, une fois de plus nous sommes dans la communication pour suppléer à l’inaction.

Peut-être faut-il voir plus loin. Lors de la COP24 (Katowice 12/2018), la lycéenne pouvait pointer cet horizon : « Et si les solutions au sein du système sont impossibles à trouver, nous devrions peut-être changer le système lui-même. » A méditer !

Source : www.lemonde.fr/ 08/07/19 ; INCa, communiqué de presse 22/07/2019.

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