Le groupe qui prend le contrôle de la politique écologique du gouvernement s’est refusé à délivrer à ses ouvriers les attestations d’exposition aux produits toxiques.

Celle qui était jusqu’à aujourd’hui directrice des affaires publiques du groupe Danone, Emmanuelle Wargon a fait son entrée au gouvernement, en tant que secrétaire d’État à la Transition écologique et solidaire. Cette nouvelle venue de la Macronie dispose déjà d’un solide bagage dans la haute administration. Ancienne élève de l’ENA, diplômée de HEC et de l’IEP de Paris, a débuté en 1997 à la Cour des comptes. En 2001, elle a rejoint, en tant que conseillère technique, le cabinet de Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé. En 2002, elle a été nommée directrice générale adjointe de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). En 2006, elle est devenue directrice déléguée à la coordination et au contrôle interne de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) avant de diriger, en 2007, le cabinet de Martin Hirsch, directeur du Haut-Commissariat aux solidarités actives contre la pauvreté. En 2010, elle a assuré le secrétariat général des ministères sociaux. Depuis 2012, elle était déléguée générale à l’emploi et à la formation professionnelle au ministère du Travail. Avant de devenir directrice générale des affaires publiques et de la communication de Danone en septembre 2015.

Dessin publié dans l’Humanité du 19/10/18

Avec cette nomination, « La question, aujourd’hui, est de savoir si le ministère de l’Écologie reste le ministère de l’Écologie ou si c’est devenu une succursale du CAC40 qui représente les intérêts des grandes entreprises au sein du gouvernement français », s’interroge Maxime Combes, de l’association Attac. « Il y a quelque chose d’inconcevable à ce que le jour d’avant on soit chargé de la pollution et de la mise sur le marché des matières plastiques et le surlendemain changer à 180 degrés de politique et défendre la réduction des emballages plastiques », poursuit Stephen Kerckhove, de l’ONG Agir pour l’environnement, qui rappelle que Danone vend aussi des bouteilles en plastique Evian, Badoit ou encore Volvic. La nouvelle secrétaire d’État a aussi été critiquée pour avoir défendu l’huile de palme, critiquée pour son lourd impact sur la déforestation, dans la fabrication du lait pour bébés. Le parcours type du lobbyiste venu là pour faire prévaloir les intérêts des entreprises du CAC40, à commencer par ceux de Danone.

A l’écologie, surtout, Danone en a bien besoin lorsqu’on observe l’état des terrains et des hommes laissés à Givors lors de la cession de la verrerie par le groupe ! Un sol pollué aux hydrocarbures totaux (HCT) et hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), aux métaux lourds et plus particulièrement en arsenic. Les analyses d’eaux souterraines avaient également confirmé la présence de ces substances à des teneurs variables selon les emplacements de prélèvements, et avaient montré la présence ponctuelle et à des teneurs assez faibles de composés organiques volatils tels que des BTEX et des COHV (selon Basol). Un état des sols qui ont nécessité pas moins de 430 000 euros de désamiantage. La requalification du site aura coûté quatre millions d’euros payés, par les contribuables (Epora). Quand aux hommes, exposés à l’amiante, à la silice, à l’arsenic, aux hydrocarbures et leurs dérivés et autres produits cancérigènes, ils ne cessent de se battre pour voir reconnue l’origine professionnelle de leurs maladies. Le groupe Danone, qui prend le contrôle de la politique écologique du gouvernement Macron-Philippe s’est refusé à délivrer à ses ouvriers les attestations d’exposition aux produits toxiques en violation du Code du travail, privant ainsi les salariés du droit à un suivi médical post-professionnel prévu par le Code de la Sécurité sociale. On ne peut s’attendre à d’agréables surprises sociales avec de tels ministres.