L’avis rendu public ce 22 mai par l’Anses à propos des expositions professionnelles à la silice cristalline est sans appel et interpelle directement les verriers, entre autres professions. « Au regard des niveaux d’exposition observés actuellement en France, et des excès de risque disponibles dans la littérature, l’existence d’un risque sanitaire particulièrement élevé (supérieur à 1 pour 1000) pour la population professionnelle exposée à la silice cristalline est confirmé. La valeur actuelle de la VLEP-8h (valeur limite d’exposition professionnelle sur 8 heures) de 0,1 mg/m3 n’est pas suffisamment protectrice. » Les auteurs précisent que le risque sanitaire est « de 10 à 100 fois supérieur aux valeurs classiquement utilisées pour la gestion d’un risque ».

Le Groisil (VMCom)

Les verriers de Givors sont d’autant plus interpellés par cette expertise de L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) que l’enquête de santé réalisée par leur association en 2009 révélait 20 cancers du poumon et 14 d’ORL et 29 autres pathologies des mêmes organes. À l’époque de leur activité à Givors nulle protection n’existait pour le travail dans les postes exposés à la silice. Lorsque l’entreprise ferma, on était déjà au 21e siècle, mais les prélèvements pour la « gestion du risque » n’existaient pas. Pourtant le tableau n°25 de reconnaissance des maladies professionnelles, consécutives aux affection liées à l’inhalation de poussières minérales renfermant de la silice cristalline, fut établi dès le 2 août 1945.

La silicose n’est pas la seule pathologie induite par une exposition chronique à la silice, qui est classée comme substance cancérogène avérée pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). L’expertise de l’Anses confirme une association significative entre une exposition à la silice cristalline et le risque de développer une maladie auto-immune comme la sclérodermie systémique, le lupus systémique et la polyarthrite rhumatoïde. L’avis signale aussi l’augmentation du risque de développer des pathologies respiratoires non malignes autres que la silicose, telles que la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), l’emphysème et la tuberculose. On sait aussi, hélas, que la sécurité sociale se refuse de reconnaître ces pathologies liées au travail et préfère les attribuer à des comportements personnels irresponsables, tel que le tabagisme.

Pourtant, l’Anses va plus loin dans ses recommandations qui concernent beaucoup de professions. l’Agence recense pas moins de 365 000 salariés exposés à la silice cristalline, en particulier au quartz. Et elle estime qu’entre 23 000 et 30 000 travailleurs sont exposés à des niveaux excédant la VLEP actuellement en vigueur. Si les dernières mines de charbon, grands pourvoyeurs de silicoses, ont fermé depuis plus de 15 ans, la silice industrielle ainsi que les matières minérales et matériaux contenant de la silice cristalline sont utilisés en tant que matière première, additif ou auxiliaire technologique, avec ou sans transformation, dans une multitude d’applications : verrerie, fonderie, chimie, caoutchoucs, peintures, construction avec bétons, parements funéraires, etc.

Pour l’heure, la silice reste en France simplement considérée comme agent chimique dangereux et non pas comme un CMR (cancérogène, mutagène et reprotoxique) pour laquelle la réglementation est plus exigeante. D’où l’appel de l’Anses à transposer en droit français, « dans les meilleurs délais », la directive européenne du 12 décembre 2017, qui établit le caractère cancérogène des travaux exposant à la poussière de silice cristalline. Les experts préconisent également d’abaisser la VLEP sur 8 heures et de revoir les méthodes de mesure de l’exposition. Ils conseillent de réaliser cette mesure directement par prélèvement atmosphérique, plutôt que dans les matériaux bruts ou « à partir des résultats de mesures en poussières alvéolaires sans effet spécifique » telles que définies par la réglementation. Les experts plaident en faveur d’une révision du tableau de maladies professionnelles n° 25. Ils recommandent en outre, notamment, de permettre la réparation du cancer bronchopulmonaire comme pathologie indépendante, et non comme une complication de la silicose. Ce qui constituerait une avancée majeure.

Source : https://www.anses.fr/fr/

ipsum sem, diam dolor ut accumsan