Samedi 19 octobre, sous l’impulsion de l’association des anciens verriers, la municipalité de Givors, avait convié la population à l’inauguration d’une stèle sur le parcours de mémoire. Cette stèle implantée sur un parterre en cours d’aménagement au pied de la cheminée, rappelle que les verriers ont travaillé le verre pendant deux siècle et demi. C’est en effet depuis 1749, sous Louis XV, jusqu’en 2003, sous la présidence de Jacques Chirac, que le verre coula à Givors, sans interruption.

Stèle inaugurée le 19 octobre 2019 sur le parcours de mémoire, au pied de la cheminée.

Le verre coula, et des hommes y furent confrontés à la chaleur, au bruit, aux vapeurs, aux poussières, aux maladies chroniques et transmissibles conséquences de ces conditions de travail extrêmes. De tous temps, dès le XIXe siècle, ces conditions de travail firent l’objet de mobilisations des ouvriers, de leurs représentants syndicaux, mais aussi du corps médical recherchant les origines des pathologies et les moyens de les prévenir, de les soigner, de les faire reconnaître en maladie d’origine professionnelle.

C’est ce combat que poursuit l’association des anciens verriers qui en 2009 mettait en évidence un taux de cancers dix fois supérieur à celui connu dans le monde du travail. Ses responsables allèrent plus loin, ils démontrèrent que les produits utilisés pour la fabrication du verre étaient identifiés toxiques voire cancérogènes pour les ouvriers qui les utilisaient sans protection ou avec des protections insuffisantes ou défaillantes. Documents à l’appui fiches de données de sécurité, rapports médicaux, délibérations du comité d’entreprise et du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), études toxicologiques des fumées, rapports de la Carsat, etc, ils mirent en évidence cinquante-trois produits classés toxiques ou cancérogènes et trois conditions de travail qui pouvaient être reconnues comme telles par la Sécurité sociale ou par les juridictions.

A ce jour, quatorze maladies d’origine professionnelle ont été reconnues. Dont huit consécutives à l’amiante, une à l’arsenic, une à la silice, une au benzène, une aux huiles minérales, deux en polyexposition à l’amiante, aux hydrocarbures et à leurs dérivés. Pour l’une d’elle l’entreprise, qui s’était portée en Cassation, s’est trouvée déboutée. Six condamnations de l’entreprise pour faute inexcusable ont été prononcées. D’autres procédures individuelles sont en cours.

En 2013, soixante anciens verriers se sont portés devant le Conseil des prud’hommes de Lyon pour demander à leur ancien employeur de leur remettre des attestions d’exposition à l’amiante et aux produits toxiques, en vertu des obligations édictées par le Code du travail (article R4412-58). Attestations qui leur sont indispensables pour obtenir des suivis médicaux post-professionnels pris en charge par l’Assurance maladie (article D461-25 du code de la Sécurité sociale). Dans une lettre au PDG d’O.I.-Manufacturing en date du 29/10/2009, le Directeur départemental des affaires sanitaires et sociales rappelait ces obligations. Comme cette démarche ne fut d’aucune efficacité, les verriers se portèrent devant le Conseil des prud’hommes, où ils furent déboutés.

Mais il convient de s’interroger : le droit du travail est-il destiné à être appliqué ou permet-il de faire bonne figure au pays des Droits de l’Homme et de sauver les intérêts des contrevenants ? Le pollueur ne serait-il plus le payeur ? Lors de la transaction entre VMC-BSN-DANONE et O.I.-Manufacturing pour la vente de la verrerie, une « provision pour risque amiante » avait été inscrite au bilan de l’entreprise pour l’exercice 2003 à hauteur de 990,8 millions de dollars (Les Echos, 19/02/2004). Aujourd’hui, ils rechignent à assumer leurs responsabilités de pollueurs. Les pollutions du sol sont aussi restées à la charge des contribuables, comme les maladies restent à la charge des victimes et de leurs familles.

Cependant, les risques professionnels ne sont pas réductibles à des indemnités. Combien vaut la vie d’un homme ? Qui répondra à la question ? Les maladies professionnelles qui ne touchent pas que les ouvriers, peuvent aussi toucher gravement la population par les pollutions environnementales. La verrerie ne rejetait-elle pas deux tonnes par jour de soufre dans les années 1990 ? Avec tous les risques sanitaires connus.

Ce sont ces questions qui seront au centre du colloque organisé les 14 et 15 novembre à Givors par les anciens verriers en partenariat avec nombre d’universitaires-chercheurs. « Du travail au lieu de vie. Quelles mobilisations contre les risques professionnels et les atteintes à l’environnement ? » Pour connaître l’organisation des travaux, http://www.vive-fr.org/ s’inscrire pour participer à un atelier, venir témoigner, un site Internet dédié a été créé : https://givors.sciencesconf.org/

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