En juin 2019, vingt-sept scientifiques de seize pays se sont réunis au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) pour finaliser leur évaluation de la cancérogénicité du travail de nuit. Une première synthèse des travaux a été publiée dans la revue The Lancet en juillet. Le groupe de scientifiques a conclu que le travail de nuit était associé au cancer du sein en s’appuyant notamment sur une importante étude concernant la santé des infirmières « Nurses’ Health Study II ». D’autres études permettent de conclure à une association similaire pour les cancers de la prostate et colorectaux. La classification comme cancérogène probable s’explique par le fait qu’il existe aujourd’hui un niveau limité de preuve dans des études portant sur les êtres humains.

Les résultats de cette évaluation seront publiés dans les Monographies du CIRC. Le Centre avait déjà classé le travail posté comme « probablement cancérogène pour les humains » (groupe 2A). L’explication principale se trouvant dans la perturbation des rythmes circadiens qui déterminent entre autres le niveau de production hormonale. Or certains cancers comme ceux du sein et de la prostate sont « hormonodépendants », c’est-à-dire que leur développement peut être causé ou facilité par des perturbations dans la production d’hormones. La nouvelle évaluation de 2019 est justifiée par la publication de nombreuses études après 2007 qui permettent d’affiner les connaissances sur cette question.

On estime que dans le monde environ 20 % des personnes qui travaillent sont affectées par le travail de nuit. Cette situation est particulièrement fréquente dans certains secteurs comme les soins de santé, les transports, des activités industrielles, les services de logistique commerciale. Les verriers tenus par une production « en continu » du fait de la fusion du verre sont conduits à travailler en équipe. A la verrerie, à la fin des années 1870, l’apparition des fours à gaz Siemens fut à l’origine de l’organisation du travail en équipes alternante de trois postes de huit heures : les 3×8. A Givors diverses réorganisations au cours des décennies suivantes conduisirent à des rythmes de travail en 4×8, puis 5×8. Ce qui incluait constamment le travail de nuit. Mais l’organisation du travail et sa meilleure rentabilité avait pour conséquence la désorganisation des rythmes humains. Et l’on en mesure aujourd’hui les conséquences.

La goutte de verre se forme à 1100°. Durant un poste de 8 heures, le personnel de fabrication va rester 6 h autour de sa machine.

L’enquête santé de l’association des anciens verriers, lancée au printemps 2009 parmi ses membres révéla six cancers de l’intestin et douze de la prostate, parmi les 195 pathologies identifiées. Ces résultats furent comparés à l’enquête ESTEV initiée en 1990 par 400 médecins volontaires à l’occasion des visites annuelles en médecine du travail (Derriennic, Touranchet, Volkoff, 1996) et réalisée auprès de 21 378 salariés des deux sexes, durant quatre années d’âge (nés en 1938, 1943, 1948 et 1953) tirés au sort pour l’enquête, et issus de sept régions. L’enquête des verriers révéla dix fois plus de cancers que dans le monde du travail de ce pays. Mais le 19 octobre 2009, lorsqu’ils présentèrent en mairie de Givors leur étude aux responsables de la santé au travail, Direction régionale du travail (DRTEFP), Cellule interrégionale d’études épidémiologiques (CIRE),Service de santé au travail (SLST), médecin-inspecteur (DRTEFP), Service de médecine du travail de la verrerie (AGEMETRA), nul ne prit l’engagement de poursuivre plus loin la recherche que demandaient les verriers.

Les autorités de la santé au travail se retranchent derrière la place prédominante de l’épidémiologie dans le champ de la recherche et ses effets dévastateurs pour les travailleurs. « Impliquant de compter les malades et les morts dans la durée, impuissant à alimenter une prise de décision favorable à la prévention, le recours à l’épidémiologie pour la prise de décision est parfois perçu comme une expérimentation humaine à grande échelle ».

Sources : eurogip.fr/fr/eurogip-infos-actu?id=5379

Ces questions posées «  Du travail au lieu de vie. Quelles mobilisations contre les risques professionnels et les atteintes à l’environnement ? » seront au centre du colloque, organisé par l’association des verriers en partenariat avec Sciences-Po Lyon. Pour connaître l’organisation des travaux, http://www.vive-fr.org/s’inscrire pour participer à un atelier, venir témoigner, un site Internet dédié a été créé : https://givors.sciencesconf.org/

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