En Cassation pour une reconnaissance en maladie professionnelle, les verriers sont révoltés !

Christian ? « il est parti pour la manif » résume la veuve d’un verrier, décédé le 1er mai 2009. Il aurait eu soixante ans deux mois plus tard. Comme il l’avait parié devant sa femme, Christian n’a jamais touché le premier euro de sa retraite1. Emporté dix-neuf mois après le diagnostic de son cancer, d’une méningite cérébrale. Il travailla à la verrerie de 1969 jusqu’à la fermeture en 2003. D’abord affecté au groisil, au sous-sol où chutent tous les détritus de production, verre en fusion mêlé aux produits toxiques issus de la combustion des hydrocarbures. Son outil de travail, un tractopelle fonctionnant au diesel, évoluant dans un univers clos et poussiéreux. Dans la seconde partie de sa carrière il fut affecté à la gestion des stocks d’expédition. Christian, qui n’eut pas le temps de faire reconnaître sa pathologie en maladie professionnelle, représente ces dizaines de verriers de Givors emportés par divers cancers inventoriés par l’association dès le printemps 2009. L’amiante, les hydrocarbures et leurs dérivés, la silice, l’arsenic, le benzène, etc. auront raison de la santé de ces robustes verriers soumis en outre à de hautes températures, au stress durant des équipes de travail alternées jours et nuits, dimanches et fêtes reconnus cancérogènes.

Un autre Christian, son pote entré en verrerie en même temps que lui, tous deux délégués CGT, avait déclaré son premier cancer à la gorge quatre années auparavant, deux ans après la fermeture de la verrerie. Lui aussi avait connu le travail au groisil, car il fallait bien qu’il y en ait à la « cave ». Ensuite, il avait connu le travail en fabrication, en équipe alternée 3×8, 4×8, 5×8 nuits et jours. Exposé aussi à l’amiante, aux hydrocarbures et dérivés, aux solvants à l’origine également d’un second cancer des voies aérodigestives supérieures qui seront tous deux reconnus par le Tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) de Lyon. Après quatre rejets de la part des Comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) de Lyon et Dijon, une plainte au pénal, un recours en appel de la Sécurité sociale et de l’entreprise unies et un recours en Cassation de la part de l’entreprise, une multinationale américaine, qui se verra déboutée. Combat emblématique que Christian n’aura pas connu emporté par la maladie déclaré deux ans après la fin de l’exposition et reconnue définitivement quatorze ans plus tard. C’est la particularité de ces pathologies que l’État et le patronat résistent à reconnaître… et à préserver.

A préserver ! En 2013, l’association des verriers de Givors ont demandé au ministre du travail d’inscrire le site dans la liste des sites amiantés. Cinq ans après, l’association s’est portée en Conseil d’État, suite au rejet de leur demande par le ministre, puis par le Tribunal administratif, enfin par la Cour administrative d’appel de Lyon. Sur treize cancers reconnus en maladie professionnelle, sept sont consécutifs à une exposition à l’amiante (tableaux 30 et 30 bis de la Sécurité sociale). A la fermeture du site, plusieurs dizaines de verriers ont reçu une attestation d’exposition à l’amiante ; quinze fiches de postes « exposition à l’amiante » correspondant à des secteurs d’activité de l’entreprise ont été établies par la direction ; un marché public de désamiantage de 32 000 m² a été attribué en 2004. Parmi les anciens verriers les cancers liés à l’amiante, selon les critères du Centre international de recherche sur le cancer, 48 sont reconnus aux poumons ; 2 au Pharynx ; 5 à l’estomac ; 5 au colon/rectum ; 2 au larynx ; 3 au mésothéliome (plèvre et péritoine). Et le pouvoir conteste aujourd’hui l’exposition des verriers à l’amiante, alors même que l’inspectrice du travail dans un rapport à la Direction Générale du Travail (1er août 2013) concluait « Il n’y a aucun doute quant à l’exposition des salariés au risque amiante ».

En novembre 2017, le député LREM de la circonscription de Givors Jean-Luc Fugit recevait une délégation de l’association des anciens verriers et les engageait à lui remettre un courrier destiné à la ministre du travail. Un an après, les verriers attendent toujours la réponse. L’ancienne directrice des ressources humaines du groupe Danone – ancien propriétaire de la verrerie de Givors – peut-être même encore actionnaire du groupe, n’envisage sans doute pas de mettre en cause les intérêts de son ancien employeur. En 2002, lorsque les syndicats de la verrerie s’étaient adressés au gouvernement de Lionel Jospin il leur fut opposé la logique liquidatrice : « L’État ne peut pas tout ». La lutte des « gilets jaunes » ne manque pas de résonance chez les verriers dont l’audience des droits chez les gouvernements successifs ne rencontrent que le déni et mépris. Déclarant au Progrès (08/12/2018) : « Je comprends et partage la colère des gens », Jean-Luc Fugit n’en vote pas moins avec tous ses congénères macronistes à l’Assemblée une revalorisation des retraites inférieure à l’inflation, l’augmentation générale de la CSG, le maintien de la baisse des APL, pérennisant la baisse des cotisations patronales et l’impôt sur les sociétés, refusant dans un même mouvement le rétablissement de l’ISF, l’impôt de solidarité sur la fortune. Un député au service des riches, qui « comprend » mais refuse d’entendre !

1Pascal Marichalar, « Qui a tué les verriers de Givors ? », une enquête de sciences sociales, Éd. La Découverte, 2017

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