Le géant pharmaceutique Sanofi va consacrer 100 millions d’euros à la « solidarité nationale dans la lutte contre le Covid-19 », suivant la formule employée sur son site de communication grand public, largement reprise par la plupart des médias français. « Il est de notre responsabilité d’agir pour faire face à l’épidémie et d’apporter nos moyens et notre expertise à l’effort national, aux côtés des professionnels de santé et des personnels soignants, dont l’engagement exige notre solidarité absolue », précise dans un communiqué l’actuel président de Sanofi France et ancien conseiller santé de Nicolas Sarkozy. C’est un grand coup de com du groupe pour lequel il est intéressant d’explorer les dessous.

Tout d’abord, 100 millions c’est moins que les 119 millions versés au groupe en 2019 (renouvelé chaque année, 130 millions en 2018) par les contribuables français au titre du Crédit d’impôt recherche, comme n’a pas manqué de le faire remarquer le sénateur communiste Fabien Gay au site https://francais.rt.com/ (21/04/2020). Mais ces 100 millions ne tomberont pas tels quels dans les caisses des hôpitaux et des Ephad comme l’illusion en a été répandue. Sanofi consacrera dans un premier temps 50 millions d’euros pour mettre à disposition gratuitement des médicaments et réaliser en France des études cliniques destinées à accélérer la recherche d’un traitement efficace. Cette initiative s’ajoute au don de 100 millions de doses d’hydroxychloroquine annoncé le 10 avril.

Sanofi n’est pas le seul industriel a bénéficier les largesses de l’État. En 2019, plus de 600 millions d’euros de crédit d’impôt recherche (CIR) ont été alloués aux industriels privés au titre de la recherche pour la santé. Mais Sanofi a fait le choix de se désengager depuis des années de la recherche sur les médicaments anti-infectieux, se privant aujourd’hui de nouvelles pistes pour lutter contre le Covid, ou encore la suppression de postes en recherche et développement (R&D). En ce moment même, 300 emplois sont en train de disparaître. C’est à dire que le crédit d’impôt recherche aide Sanofi à faire disparaître… la recherche !

Mais surtout, ce charitable donateur au sein de la pandémie de coronavirus qui est largement dédommagé par les largesses de l’État, est bien plus généreux avec ses actionnaires car le groupe pharmaceutique français Sanofi se porte à merveille. Pour la 26ème année consécutive, il s’apprête à verser des dividendes en hausse à ses actionnaires. Son président, Olivier Bogillot, l’a annoncé lors d’une émission animée par Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV en déclarant : « La distribution de dividende aura lieu […] Cela sera un peu supérieur à l’année dernière, un peu en dessous de quatre milliards ». Distribution confirmée par l’Assemblée générale des actionnaires le 28 avril. Parmi ces pauvres bénéficiaires le groupe l’Oréal, premier actionnaire qui détient 9 % des actions, empochera près de 373 millions d’euros. Le fonds vautour BlackRock, qui conseilla Macron dans la réforme des retraites, touchera 200 millions de dividendes (www.humanite.fr/,29/04/2020).

Les usines Rhône-Poulenc à Saint-Fons en mai 1968

Sanofi est né en 2011 du long démantèlement du groupe Rhône-Poulenc créé en 1928 après le rapprochement de la Société chimique des usines du Rhône et des établissements Poulenc frères. Rhône-Poulenc nationalisé en 1982, sous la présidence Mitterrand – pour le sauver de grandes difficultés et moderniser un certain nombre de ses sites industriels – puis privatisé en 1993, toujours sous la présidence Mitterrand, fut démantelé en 1998 sous la présidence Chirac, puis condamné à disparaître, quand ses activités chimiques sont devenues Rhodia et sa branche pharmaceutique a fusionné avec Hoechst pour donner naissance à Aventis

Les pénuries de réactifs pour les tests virologiques pendant la pandémie de Covid-19 soulignent la dépendance de la France sur ces produits (contrairement à l’Allemagne ou à l’Italie), conséquence de la délocalisation massive de notre industrie chimique et pharmaceutique depuis deux décennies. Il est temps, pour le « jour d’après » de remettre de l’ordre dans cette sale politique de liquidation de l’indépendance nationale.

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