France-Info publie régulièrement les résultats de son enquête « alerte-pollution ». Ces sites ne se contentent pas de souiller les sols : ils polluent aussi la vie des anciens salariés et des riverains. Au Havre, Rémy Lacaille ne veut « plus entendre parler » de Citron, cette boîte qui est en train de « [le] faire crever ». Atteint d’un cancer de la prostate, l’ancien employé aujourd’hui âgé de 66 ans est « persuadé » que c’est « à cause de toutes les merdes » qu’il a avalées. « Du mercure, du zinc, du plomb. Tout ça pendant douze ans. Si ça se trouve, je ne suis peut-être pas le seul à être malade. »

A Romainville, les malades sont plus nombreux parmi les riverains du site industriel. « Là, le monsieur est décédé. Dans cette autre maison, aussi. On en a perdu trois la même année », commente Sylvie, une habitante, en pointant du doigt les habitations de ce quartier pavillonnaire. Selon un décompte non exhaustif de l’association Romainville-Sud, trente cancers se sont déclarés depuis 1990, les deux tiers depuis la fermeture du site en 2004. Vingt-six personnes sont mortes dans l’indifférence. Ici, les riverains accusent le trichloréthylène (TCE). En octobre 2015, un bureau d’études mandaté par l’Etat a mesuré jusqu’à 890 µg/m3 de ce solvant dans l’air d’une maison. Pourtant, au-delà de 10, le Haut Conseil de santé publique recommande une « action rapide » pour se débarrasser de ce produit. Le propriétaire est mort d’un cancer.

Mais là encore les autorités sanitaires se défaussent : « Les pathologies signalées ne correspondent pas à des pathologies pour lesquelles la littérature médicale décrit un excès de risque en lien avec le trichloréthylène », indique la préfecture de Seine-Saint-Denis. Des conclusions rejetées par l’association Romainville-Sud : « Ils ont refusé d’établir une liste exhaustive et une recherche historique. Ils se sont basés sur les retours que les victimes encore vivantes sur place et volontaires ont bien voulu faire », regrette un membre de l’association, pour qui « aucune recherche sérieuse n’a été faite ».

Ce fut le même constat des verriers lorsqu’en octobre 2009 ils présentèrent, aux autorités de la Direction du travail et de la Santé au travail, leur enquête de santé réalisée dans leurs rangs. Enquête qui soulignait un taux de cancers dix fois supérieur à celui connu dans le monde ouvrier de ce pays. Un mépris condescendant envers une étude « qui-n’a-rien-de-scientifique ». Mais qu’ils ne se donnèrent même pas la peine d’analyser… Sait-on jamais, si elle soulevait les vrais problèmes pour la santé au travail que l’on ne souhaite pas voir « chez ces gens-là ».

Dans certains cas, l’Etat n’est pas seulement accusé d’être lent à la détente, note France-Info. Il lui est aussi reproché de se montrer complaisant avec les entreprises. En Normandie, la présidente de l’association Ecologie pour Le Havre (EPLH), Annie Leroy, assure avoir été traitée d’« écologiste de gazon » par Jean-François Carenco, alors préfet de Seine-Maritime, après l’avoir poursuivi dans les couloirs de la préfecture. « Je voulais qu’il me dise pourquoi il avait donné son accord pour que Citron s’agrandisse, alors même qu’elle faisait déjà l’objet de manquements graves, raconte-t-elle. On parlait déjà de problèmes au niveau des normes sécuritaires et environnementales. »



L’arrêté préfectoral de 2003 rappelait la contamination des sols en HAP, arsenic, hydrocarbures, chrome, plomb «ponctuellement élevée ». Un nouvel arrêté préfectoral du 1er décembre 2011 autorise le déversement des eaux pluviales dans le Gier affluent du Rhône, alors que le premier coup de pelleteuse révèle de l’arsenic en surface avec des taux nécessitant l’évacuation des terres excavées et leur traitement spécifique…

Les verriers constatent que c’est le même préfet, lorsqu’il fut en poste en Rhône-Alpes (01/12/2010 à 30/03/2015), qui autorisa le 1er décembre 2011 le déversement des eaux pluviales de la ZAC VMC de Givors dans le Gier (affluant du Rhône), en contradiction avec les deux arrêtés préfectoraux précédents. Alors que le terrain de 8 hectares était notoirement pollué, comme l’avait révélé les rapports du Cabinet Blondel de 2002 et 2004.

L’arrêté préfectoral de 2003 rappelait la contamination des sols en HAP, arsenic, hydrocarbures, chrome, plomb « ponctuellement élevée », préconisant la « surveillance des eaux souterraines ». L’arrêté de mars 2006 prescrivait les « servitudes d’utilité publique ». Qui s’avérèrent des plus judicieuses lorsque débutèrent les travaux de terrassement autorisés par l’arrêté du 1er décembre 2011. Lors des travaux, menés d’août à octobre 2012, des terres ont été excavées et, « contrairement à ce qu’on attendait sur cette zone de la ZAC, ces terres se sont avérées polluées, notamment à l’arsenic ». Ces terres ont été évacuées pour traitement à Ternay dans une Installation de Stockage des Déchets Dangereux (ISDD), selon le compte rendu annuel (2012) de Givors-Développement.

Sources : www.francetvinfo.fr/monde/environnement/alerte-pollution

Ces questions posées «  Du travail au lieu de vie. Quelles mobilisations contre les risques professionnels et les atteintes à l’environnement ? » seront au centre du colloque, organisé par l’association des verriers en partenariat avec Sciences-Po Lyon. Pour connaître l’organisation des travaux, http://www.vive-fr.org/s’inscrire pour participer à un atelier, venir témoigner, un site Internet dédié a été créé : https://givors.sciencesconf.org/

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