Organisé à l’initiative de militants de la santé au travail et de chercheurs en sciences humaines et sociales, ce colloque se fonde sur le constat du développement de pathologies d’origine industrielle et de leur sous-estimation dans les statistiques existantes. Ces maux sont dits et dénoncés par les populations qui les subissent depuis les années soixante-dix, et plus encore dans un contexte de désindustrialisation au cours duquel les travailleurs et les travailleuses restent exposés à l’héritage toxique des entreprises qui ferment. Ce colloque explorera les obstacles auxquels sont confrontés les collectifs qui s’engagent dans les procédures de reconnaissance de l’origine industrielle de ces maladies, en invitant les chercheurs qui ont enquêté sur ces questions et les acteurs confrontés à ces difficultés.

Organisé à Givors, dans une ville devenue symbole de ces mobilisations sanitaires par le combat de ses anciens verriers, et dans un contexte de désindustrialisation, ce colloque participera à éclairer des enjeux qui sont partagés sur de nombreux territoires à travers l’Europe. L’initiative aura ainsi une visibilité scientifique nationale, tout en mobilisant des chercheurs travaillant sur ces enjeux dans plusieurs pays européens et à l’échelle des institutions européennes.

Colloque organisé à Givors les 14 et 15 novembre, en cinq ateliers.

En ouverture de colloque, exposé sur les « Causes financières et coûts économiques et sociaux de la dégradation de la santé au travail », par un économiste du travail et des politiques sociales.

ATELIER 1, Comment défendre la santé à partir de l’entreprise ?

Depuis la loi portant sur la création des délégués à la sécurité des mineurs en 1890, les mobilisations ouvrières pour l’amélioration des conditions de travail ont conquis la création d’instances rendant théoriquement possible un contrôle ouvrier sur les risques et l’insécurité au travail. Ces possibilités sont toutefois fondamentalement contraintes par la condition salariale qui place juridiquement les travailleurs dans une relation de subordination à l’employeur.

Quelles sont les stratégies mises en œuvre par les salariés, à quels obstacles se confrontent-elles, quels leviers permettent-ils de rééquilibrer ce rapport de force inégalitaire ? Existe-t-il en la matière une spécificité de certains secteurs industriels, en lien avec les ambivalences des productions ? Quels seront les effets de la fusion des CHSCT dans l’instance unique du Comité social et économique (CSE) dans la construction d’une politique de prévention dans les entreprises et dans la transmission des archives et de l’expérience acquise ?

Le colloque se déroule à la Maison du fleuve Rhône, place de la Liberté à Givors.

ATELIER 2, En quête de responsabilités : quelles actions en justice ?

A première vue, la persistance de l’exposition de travailleurs à des risques connus et évitables est un paradoxe politique. Les discours sur le principe de précaution, les mesures prises lors de catastrophes sanitaires à répétition, pourraient laisser penser que la préservation de la santé humaine est devenue l’un des principes prioritaires du gouvernement. Cependant, dès lors que l’activité productive est en jeu, il semblerait qu’il en aille autrement.

La justice peut servir trois objectifs différents et complémentaires sur ces questions : elle peut être une justice pour la prévention, une justice pour la punition (justice pénale), ou une justice pour la réparation (justice civile). Aujourd’hui comme hier, la voie pénale est bloquée, comme si ces drames ne relevaient pas d’un trouble à l’ordre public. La plupart des plaintes des victimes de l’amiante ont abouti à des non-lieux. La reconnaissance du préjudice d’anxiété pour l’amiante pourrait-elle conduire à une meilleure reconnaissance juridique ?

Les démarches engagées par certains magistrats italiens pour bâtir une réponse pénale aux maladies industrielles offrent une matière à réflexion, tant sur l’intérêt de cette démarche que sur les obstacles rencontrés. Cet atelier se penchera aussi sur les motivations qui amènent les travailleurs à s’engager dans la voie d’une justice de la réparation, dont les effets peuvent être dissuasifs pour les employeurs. Au-delà de ces cas précis, cet atelier s’interrogera sur les réformes possibles de la justice pour les victimes du travail, dans l’espoir que de tels drames ne se reproduisent plus, en France ou ailleurs.

ATELIER 3, Maladies professionnelles (1919-2019) : des droits à faire respecter.

Le combat pour la reconnaissance des maladies professionnelles est un long combat, « le parcours du combattant » disent en général les victimes. Au colloque, viendront témoigner des veuves et fille de verriers qui ont engagé ou soutenu ces actions pour qu’enfin la maladie d’origine professionnelle soit reconnue. Face à la Sécurité sociale, par devant les tribunaux, voire même jusque devant la Cour de cassation. Car les responsables de ces tragédies humaines ne lâchent rien. Même condamnés à six reprises pour « faute inexcusable » comme la verrerie de Givors, parce que les mesures de protection des travailleurs édictées par la loi et la réglementation ne sont pas respectées.

Les dossiers des cheminots d’Oullins portant 800 dossiers d’exposés à l’amiante jusqu’en procédure pénale, comme les électriciens de l’EDF de Loire-sur-Rhône exposés aussi à l’amiante portant leur combat jusqu’en Cassation pour gagner, porteront témoignage. L’avocate de ces travailleurs viendra montrer comment monter ces dossiers complexes, préparer les procédures et les soutenir.

ATELIER 4, Conditions, organisation et précarisations du travail : quelles conséquences sur la santé et sur l’environnement ?

Les salariés sont exposés à de multiples facteurs de risques pouvant porter atteinte à leur santé. En plus des risques cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), l’organisation du travail, et le travail de nuit en particulier, peuvent générer de graves atteintes à la santé. Le plus souvent méconnus des salariés, ces risques sont aussi rarement thématisés comme enjeux de mobilisations collectives. Parmi les obstacles à la prise en compte de ces questions se trouve notamment le recours croissant à des entreprises sous-traitantes et à du travail intérimaire pour une partie des activités les plus exposées. Peu représentés, ces salariés peinent à faire entendre leur voix et à faire reconnaître leurs droits. Si un travail de prévention, notamment face aux risques cancérogènes, a pu être mis en place au fil du temps, y compris en lien avec les organisations syndicales, qu’en est-il de la prise en compte des travailleurs temporaires et sous-traitants dans cette démarche ? Comment les différentes catégories de salariés cohabitent-elles dans ces secteurs industriels ? Quels sont les effets de la multiplication des statuts d’emploi du point de vue de l’organisation du travail mais aussi de la santé au travail et de la sûreté des installations ? Quelles déclinaisons de ces enjeux du point de vue du travail des femmes, de leur droit à la santé et à la reconnaissance dans des secteurs réputés masculins ?

ATELIER 5, Du travail aux lieux de vie : quelles luttes communes pour la santé et l’environnement ?

Le couloir de la chimie rhodanien, de même que la région rouennaise marquée par le récent désastre de l’incendie de Lubrizol, constituent des berceaux historiques de l’industrie chimique française. Dans le Rhône et en Isère, ces activités profitent de l’expansion de la pétrochimie depuis plus d’un demi-siècle : la région présente ainsi la plus forte concentration d’activités classées Seveso de l’hexagone. Ces productions génèrent inévitablement des pollutions qui touchent en premier lieu les travailleuses et les travailleurs de ces secteurs industriels. Ces salariés sont les sentinelles des contaminations environnementales, qui peuvent également affecter les populations des villes industrielles. Mais ce rôle de sentinelle ne peut s’exercer que si les salariés disposent d’un statut de travail non-précaire et des ressources nécessaires à la mise en place de structures de vigilance collectives.

Le long passé industriel de Givors laisse des traces dans les corps, relevé par le diagnostic local de santé réalisé par l’Observatoire régional de santé. Ces pathologies ne doivent rien au hasard, pas seulement à la génétique, aux comportements individuels, au manque de sport, à une alimentation déséquilibrée ou au tabac et à l’alcool, mais au travail de nuit, à la poussière, dans la chaleur, les trépidation et le stress.

Plénière, Jeudi 14 novembre – 16h-17h30 « Les enjeux de santé au travail et environnementale »

Une professeure émérite à l’université Paris-Ouest et un membre du collectif confédéral Travail-santé de la CGT viendront croiser leurs regards sur les droits des travailleurs non respectés et les combats menés pour qu’il en soit autrement. Le dialogue avec le public viendra enrichir réflexion et connaissance.

Un inspecteur du travail à Rouen, après l’incendie de Lubrizol, viendra parler des mobilisations en santé au travail et contre la pollution industrielle. Le dialogue avec le public permettra de mieux comprendre ce que cachent les thermes de « risques industriels majeurs ».

Vendredi 15 novembre – 15h, Conclusion en plénière avec une table ronde de clôture.

Une synthèse des cinq ateliers viendra clore le colloque avec un représentant de chacun des ateliers, suivi d’un dialogue avec le public

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