Lors du forum économique de Davos, la France et l’Allemagne ont communiqué sur la création d’un fonds climat avec BlackRock, le fonds de pension très intéressé par la réforme des retraites en France et conseiller du Président. Un cadeau inespéré pour le plus gros gestionnaire d’actifs qui investit des milliards de dollars dans les énergies fossiles.

Station de ski suisse que l’on rejoint en jet privé…

C’est depuis cette station de ski suisse que l’on rejoint en jet privé, que BlackRock, l’Agence française de développement (AFD) et le ministère allemand de l’Environnement, alliés à des fondations « philanthropiques privées », ont annoncé avoir finalisé la création du « Climate Finance Partnership » (CFP, « partenariat sur le financement climatique »). Ce CFP, véhicule d’investissements, sera initialement doté de 100 millions de dollars, dont 60 millions garantis sur fonds publics provenant de l’AFD et de l’Allemagne. Le fonds a pour objectif de lever jusqu’à 500 millions de dollars pour financer des projets liés au climat dans les pays à revenus intermédiaires d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique. Des investissements dans les secteurs des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, du stockage et des réseaux électriques annoncés, sans détail en termes de calendrier. Mais pour lesquels on sait déjà que les contribuables seront mis à… contribution.

Il convient de souligner la modestie des montants évoqués. Les pays riches avaient promis en 2009 de débloquer 100 milliards de dollars pour les pays du Sud d’ici à 2020. Plus de dix ans après la conférence climat de Copenhague, nous savons que ce sont en réalité plusieurs milliers de milliards de dollars qu’il faut trouver pour lutter efficacement contre le réchauffement climatique et mener des politiques d’adaptation efficaces. Même à l’aune de ces 100 milliards, le CFP ne représente qu’un montant dérisoire, au mieux 0,5 %.

Une large partie des financements nécessaires à la lutte contre les changements climatiques doivent aller à des politiques d’adaptation aux dérèglements du climat, autrement dit d’anticipation des catastrophes, de transformation des infrastructures, et de conversion des systèmes alimentaires. Le programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE) évaluait en 2016 les coûts de l’adaptation dans les pays en développement à une fourchette allant de 140 à 300 milliards de dollars par an pendant cette nouvelle décennie [Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) (2016)] . Or, ces projets d’adaptation (construction de digues, rénovations urbaines, soutien au monde agricole, etc.) n’offrent pas de rentabilité suffisante à des investisseurs. Le CFP et toutes les initiatives mobilisant des investissements privés ne s’y intéresseront pas. L’adaptation exige en premier lieu des dons provenant d’argent public supplémentaire, pérenne et sans contrepartie.

En septembre 2016, BlackRock avait déjà publié un rapport qui énonçait que l’ensemble des investisseurs, dont BlackRock, devaient tenir compte de la protection de l’environnement et du climat dans leurs choix d’investissement. Exhortations louables, dont l’application est toutefois contredite par les faits : quelques semaines avant la publication de ce rapport, BlackRock avait fait échouer lors de l’assemblée annuelle des actionnaires d’ExxonMobil le vote d’une résolution se limitant à proposer qu’Exxon évalue les conséquences de l’Accord de Paris sur sa stratégie d’investissement [Financial Times, 06/09/2016 et 25/09/2016].

Une étude du Guardian (10/2019), portant sur les investissements dans les énergies fossiles des « Big Three » (les gestionnaires d’actifs BlackRock, Vanguard et State Street), montre d’autre part qu’ils ont accumulé près de 300 milliards de dollars d’investissements dans les énergies fossiles : à travers 1 712 fonds, Vanguard détient 161 milliards de dollars, BlackRock 87 milliards et State Street 38 milliards. Les 100 à 500 millions d’euros du CFP ne pèsent pas lourd. D’autre part, une étude de l’IEEFA (Institute for Energy Economics and Financial Analysis) a montré que BlackRock mène par bien des aspects une politique d’investissement contradictoire avec les enjeux climatiques [IEEFA report, août 2019]. L’opération de Davos, avec fonds publics, n’est qu’un coup de com !

Sources : www.bastamag.net/

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