Onze fois plus de reconnaissances en maladie professionnelle grâce à la lutte !

L’assemblée générale annuelle de l’association des anciens verriers de Givors, tenue le 6 février, fut l’occasion de réactualiser l’étude sur la santé des anciens verriers conduite en 2009. Non seulement ses termes n’ont pas été infirmés, mais ils ont été pleinement confirmés, neuf ans après.

Jamais, depuis sa publication, l’étude sur les risques et les causes des risques professionnels connus à la verrerie et les conséquences sur la santé des hommes qui y ont travaillé n’ont été contestés. On se souvient à quelle vitesse, en octobre 2009 lors de sa présentation publique, les représentants des organismes officiels réunis en mairie de Givors – Direction du travail, Cellule interrégionale d’études épidémiologique (CIRE), Médecine du travail, AGEMETRA, Médecin inspecteur – ont fuit leurs responsabilités devant le désastre annoncé. O.I.-Manufacturing invitée était – évidemment – absente.

L’enquête santé lancée par l’association recevait 209 réponses aux 645 questionnaires envoyés. Près d’un tiers des adhérents avaient répondu, ce qui soulignait tout son intérêt. Parmi ces réponses on observait 127 cas de malades ou décédés ; soit plus de 50 %. C’étaient 210 pathologies qui pouvaient être observées (un même individu pouvant en développer plusieurs). Parmi ces pathologies, on relevait 93 cancers, 82 autres pathologies déterminées, 10 autres non déterminées, 11 morts subites et 10 décès dont les causes n’étaient pas précisées. Lors du 1er colloque organisé en octobre 2012 à Grigny, l’association révélait que le taux de cancers observé chez les verriers était dix fois supérieur à celui rencontré dans le monde du travail en France révélé par l’enquête ESTEVE initiée par 400 médecins volontaires (Derriennic, Touranchet, Volkoff, 1996).

Aujourd’hui, l’association observe que treize cancers des verriers de Givors ont été reconnus par l’Assurance maladie en maladie professionnelle : un pour l’exposition au benzène, un pour l’exposition à l’arsenic, un pour l’exposition à la silice, sept pour l’exposition à l’amiante, un pour l’exposition aux huiles minérales, deux en polyexposition à l’amiante aux hydrocarbures et aux solvants reconnus « hors tableaux ». Parallèlement, est observé ce qui se passe dans la branche industrielle (verre d’emballage). La CNAMTS relève – sur quatre années (2009-2012), sur cette branche rassemblant 14 410 salariés en 2010 – vingt-cinq reconnaissances en maladies professionnelles (une pour exposition à l’arsenic, une pour exposition à la silice, vingt pour exposition à l’amiante et trois « hors tableaux »). En conséquence il convient de remarquer qu’à Givors on enregistre plus de la moitié des reconnaissances de la la branche. Si nous faisons le rapport avec les effectifs observés 13/645 à Givors et 25/14 410 dans la branche, le taux de reconnaissance à Givors est onze fois supérieur !

Ainsi, c’est avec satisfaction que l’assemblée a pu mesurer l’efficacité de son action. Les verriers de Givors seraient-ils plus victimes que leurs confrères du verre de mauvaises conditions de travail ? La différence réside dans les conditions et la nature de leur combat. Partout ailleurs leurs collègues sont sous la pression du patronat et son chantage à l’emploi et l’isolement des victimes. A Givors l’usine est fermée depuis 2003 et elle ne le fut pas à cause de la lutte pour le respect de la santé au travail, mais sous la pression des financiers à la recherche de plus de rentabilité, les victimes ne sont pas isolées mais organisées. Collectivement elles luttent pour la reconnaissance des risques professionnels et l’indemnisation des victimes.

Avec Bertholt Brecht, le dramaturge allemand, nous dirons : « ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu ».