La silice cristalline classée cancérogène depuis 1997 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), à l’échelle de l’Union Européenne depuis 2018, n’est toujours pas transposée dans le droit français ! Le gouvernement a jusqu’à 2021 pour se mettre en règle. Cependant, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) préconise l’accélération de la transposition. Vingt-quatre ans de retard, une génération ! Pour se conformer à une protection nécessaire de la santé des travailleurs. On voit bien que la santé de cette population n’est pas le premier souci des différents gouvernements de cette Ve République.

Ouvriers du bâtiment, des travaux publics, de la démolition, des verreries, des carrières, de la bijouterie, des prothèses dentaires, etc. 365 000 salariés y sont exposés. L’Anses considère que 23 à 30 000 d’entre-eux sont exposés à une atmosphère saturée au-delà des 0,1 microgrammes par m³ (mg/m³) de la valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) prévue par la législation de ce pays. L’organisme souligne même que ce sont 60 000 ouvriers qui sont exposés au-delà de la VLEP internationale fixée à 0,025 mg/m³.

Ces risques ne sont pas anodins. L’Anses fait le lien avec les maladies auto-immunes (sclérodermie systémique, lupus érythémateux systématique et polyarthrite rhumatoïde) ; augmentation des risques de développer des pathologies respiratoires comme la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), les cancers bronchopulmonaires, l’emphysème, la tuberculose, etc. L’organisme suggère d’ailleurs de modifier les tableaux de maladies professionnelles en lien avec cette substance. Mais les résistances au changement sont fortes. En 2006, la fédération des employeurs du bâtiment a refusé de ratifier l’accord européen sur la protection des salariés manipulant la silice cristalline. Sur les chantiers n’existe aucune traçabilité des expositions. Quant aux salariés de la sous-traitance, les intérimaires, les travailleurs détachés risquent d’attendre encore longtemps les mesures de protection, ne serait-ce que de mouiller les surfaces de manipulation pour limiter les particules en suspension.

Le bulletin d’entreprise de la verrerie VMCom d’octobre 1990 illustrait à merveille la situation d’exposition à la poussière de silice. « Augmentation des capacités de broyage, un silos de stock de groisil broyé sera installé. Nous passerons de 30 t. de stock à 150 t., soit 24 h. d’autonomie. »

A la verrerie de Givors, l’association n’a-t-elle pas répertorié lors de son enquête de 2009 vingt cancers du poumon, sans doute liés à l’amiante, mais aussi quatorze insuffisances respiratoires. Un ancien verrier a d’ailleurs été reconnu en maladie professionnelle pour son exposition à la silice. Quand un autre est décédé d’une BPCO sans avoir pu faire reconnaître sa pathologie par la Sécurité sociale. Mais le questionnement va bien au-delà des verriers.

L’Observatoire régional de santé (ORS), au travers d’un Diagnostic local de santé publié en 2016 ne mettait-il pas en évidence ce risque majeur sur l’agglomération givordine ? Le taux de patients hospitalisés pour les cancers du poumon y est plus élevé que dans les autres communes de la région. Les tumeurs et pathologies de l’appareil respiratoire constituent la cause principale des décès pour les hommes et les femmes. Avec une mortalité prématurée (avant 65 ans) supérieure au taux de Rhône-Alpes. L’étude constate que les décès par cancer du poumon touche davantage les villes ouvrières comme Givors, Saint-Fons, Vaulx-en-Velin, Vénissieux.

Comment s’étonner d’une telle situation quand Givors ancienne ville ouvrière comptait sidérurgie, verrerie, bâtiment et travaux publics, etc. toutes industries manipulant amplement la silice cristalline. C’est ce qui explique l’initiative de l’association des anciens verriers, en partenariat avec des chercheurs-universitaires de Lyon, de tenir un 3e colloque les 14-15 novembre à Givors sur les risques professionnels et environnementaux. Les risques industriels ne demeurent pas au sein des entreprises et les salariés les ramènent chez eux. C’est souvent 10, 20, 30 ans après l’exposition que ces maladies se déclarent et emportent les victimes prématurément.

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