Dans l’Union européenne, le cancer emporte chaque année 1,3 million de vies.

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), plus de 100.000 de ces décès sont attribuables à l’exposition à des cancérogènes au cours de la carrière professionnelle. Donc, près de 8 % des décès par cancer en Europe sont directement liés au travail. Et cependant, ces facteurs professionnels ne sont que très exceptionnellement évoqués dans les médias. De manière encore plus surprenante, les campagnes des institutions publiques ou des organismes privés de lutte contre le cancer ne les évoquent pratiquement jamais. Le « Grand débat national » engagé par Emmanuel Macron en est une nouvelle preuve : la santé, pourtant grande préoccupation des Français n’a pas été retenue parmi ses thèmes !

L’Institut syndical européen (ETUI) mène depuis près de trente ans un travail de recherche, d’information et de sensibilisation sur les cancers liés au travail. Avec pour objectif principal d’améliorer la législation européenne dans ce domaine. Malgré de multiples obstacles, ce travail finit par porter ses fruits : ces dernières années, des valeurs limites d’exposition professionnelles ont été adoptées pour des cancérogènes présents dans un nombre important d’entreprises. Si de meilleures lois constituent la pierre angulaire sur laquelle repose la protection de la santé des travailleurs, elles ne constituent cependant qu’une promesse pas une garantie. Dans un nombre beaucoup trop élevé d’entreprises, des règles basiques de sécurité et de protection de la santé continuent à être bafouées. Dans l’immense majorité des cas, ces violations de la loi restent inconnues et impunies. Sauf quand des travailleurs, individuellement ou collectivement, se mobilisent et en assument les conséquences (financières, sociales, professionnelles).

Christian Cervantes s’est courageusement battu contre deux cancers en même temps : un cancer de la bouche et un cancer du pharynx. Ces cancers ont fini par l’emporter à l’âge de 64 ans. Il a travaillé dans l’industrie du verre pendant plus de 30 ans et au cours de sa longue carrière il a été exposé à plusieurs agents cancérogènes : l’amiante, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAPs), des fibres céramiques réfractaires, des solvants. Il ne connaissait pas les risques de ces expositions pour sa santé. Après une rude bataille judiciaire menée par sa famille, le lien causal entre la polyexposition à ces agents cancérogènes au travail et le développement de ses cancers a finalement été reconnu par un tribunal de Lyon (France)1.

Cet exemple est intéressant à plusieurs titres. Il est d’abord parfaitement représentatif de ce qu’on appelle « les cancers professionnels ». Des maladies qui touchent davantage les ouvriers que les cadres, à tel point qu’on parle « d’inégalités sociales de santé ». Partout en Europe, les professions manuelles sont en effet beaucoup plus touchées par les cancers que les professions intellectuelles et le risque de cancer est donc largement dépendant de la position des personnes dans la société2.

Ces cancers sont dus à l’exposition répétée sans protection adéquate à des agents dangereux au cours de la vie professionnelle. Les travailleurs ne sont, la plupart du temps, pas informés des risques auxquels ils sont exposés, et les mesures de protection nécessaires pour éviter ces risques ne sont pas mises en place. L’histoire de nos sociétés productivistes et la maximisation des profits nous montrent que parfois cette ignorance a été sciemment organisée par les industriels. Cela a été notoirement le cas pour l’amiante et le vinyle de chlorure monomère. Aujourd’hui, c’est encore le cas pour les perturbateurs endocriniens ou le glyphosate.

À l’instar de M. Cervantes, les travailleurs qui sont victimes de cancers professionnels ont le plus souvent été exposés non pas à un seul mais plutôt à un cocktail d’agents ou de substances cancérogènes. Ce qui est remarquable dans le cas de l’ouvrier verrier, c’est que la polyexposition a été reconnue pour la première fois par un tribunal comme étant à l’origine de ses cancers professionnels3.

Sources : https://www.etui.org/fr/ Hesamag #17 et  #18

1 Pour en savoir plus : Marichalar P. (2018) Défendre l’usine, et en mourir. Le combat exemplaire des anciens verriers de Givors, HesaMag,2 Mengeot M-A (2014) Prévenir les cancers professionnels. Une priorité pour la santé au travail, Bruxelles, ETUI. –3 Thébaud-Mony (2018) Faire reconnaître le lien entre cancer et multi-exposition professionnelle aux cancérogènes, in Musu T. et Vogel L. Cancer et travail. Comprendre et agir pour éliminer les cancers professionnels, Bruxelles, ETUI, 259-262.

dolor Phasellus elit. ut leo elementum luctus