Rassemblés, les verriers de Givors et leurs soutiens exigent la justice, l’inscription du site dans la liste des sites amiantés du ministre.

Venus de Puy-Guillaume, de Veauche et de Rive-de-Gier verriers en activité et retraités ont répondu à l’appel de ceux de Givors pour le rassemblement du samedi 6 octobre au pied de l’imposante cheminée historique. L’Union locale CGT de Givors et le syndicat des retraités de Berliet-RVI, comme les élus de la ville, maire et adjoints en tête, avaient tenu à apporter leur soutien à ce combat humanitaire pour la défense de la santé au travail et le respect des droits des travailleurs.

Ce rassemblement visait à exiger le respect des droits des verriers au travers de l’inscription de la verrerie de Givors dans la liste des sites amiantés du ministère du travail, demandée il y a plus de cinq ans. Le refus du ministre a conduit l’association à saisir le Tribunal administratif, puis la Cour administrative d’appel de Lyon.

Lors de l’audience du 17 septembre dernier, le rapporteur public n’a fait que reprendre l’argumentation du ministre refusant cette inscription et demandant à la Cour de rejeter le recours des verriers, au motif qu’il « manque d’éléments » corroborant l’exposition à l’amiante. L’avocat d’O.I.-Manufacturing rejoignant le rapporteur public, trop heureux du soutien du pouvoir, soulignait le « manque de preuves ». Les éléments et preuves d’exposition des verriers à l’amiante existent, elles figurent dans le dossier présenté à la Cour, mais il n’est pas de plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.

– Plusieurs dizaines de verriers se sont vu remettre par la direction, à la fermeture de la verrerie, une attestation individuelle d’exposition à l’amiante, ce cancérogène ;

– La direction a établi à la fermeture quinze fiches de postes où les salariés étaient exposés à l’amiante. Deux d’entre-elles couvrent même des « postes administratifs » (magasin général et environnement). Curieusement les représentants du pouvoir et de l’entreprise s’arrêtent à la fiche n° 2 concernant les fondeurs, comme une évidence réductrice. Ils ignorent les autres postes de travail, ignorent les maçons et fumistes, la fabrication et le traitement de surface, la maintenance, les soudeurs, les moulistes, les électriciens, les balayeurs, l’approvisionnement, etc. On peut prendre avec des pincettes ces fiches, unilatéralement élaborées par la direction au moment de la fermeture (entre janvier et avril 2003, alors que le dernier four est coulé le 15 janvier), deux seulement sont revêtues de la signature du chef de service, aucune n’a fait l’objet de débat en réunion du Comité d’hygiène et de sécurité (CHSCT) dissous du fait de la dispersion de ses membres avec la fermeture. Il n’empêche, avec leurs limites, ces fiches constituent la preuve de la dispersion de l’amiante dans nombre de postes de travail ;

– Les éminents défenseurs des intérêts patronaux négligent volontairement le fait que l’amiante est reconnue scientifiquement depuis 1972 comme un cancérogène « sans seuil » – la durée et la répétition des expositions ne s’imposent pas pour que le risque soit réel – et s’évertuent à réduire dans leurs discours le nombre de salariés exposés et à minimiser les durées et périodicités d’exposition des opérateurs ;

– Au moment de la fermeture de la verrerie de Givors et de la vente de BSN Glasspack à O.I.-Manufacturing, le groupe a provisionné 530 millions d’euros au bilan de 2003 pour « risques amiante » ;

– En août 2004, un marché public a été attribué par EPORA pour le désamiantage de 32 000 m² du site de la verrerie ;

– Neuf cancers dus à l’amiante ont été reconnus par la Sécurité sociale ou les tribunaux chez les verriers de Givors ;

– O.I.-Manufacturing, venant au droit de BSN Glasspack, a été condamnée pour « faute inexcusable » fautive d’avoir exposé un verrier à l’amiante sans protection, entraînant son décès.

Faut-il encore aligner des preuves, quand toutes celles-ci sont connues et reconnues, y compris pour certaines devant les tribunaux ?

Les verriers exigent l’inscription de la verrerie de Givors dans la liste des sites amiantés du ministère du travail, car ceci permettrait :

– aux verriers encore en activité de bénéficier d’un départ en préretraite dans le cadre de la législation ACAATA ;

– aux anciens verriers en retraite ou en recherche d’emploi de bénéficier d’un suivi médical post-professionnel qui leur est refusé aujourd’hui ;

– pour les malades de faciliter la reconnaissance en maladie professionnelle par la Sécurité sociale.

Face à la résistance du pouvoir et du patronat, il convient de rappeler que le principe pollueur/payeur est établi depuis 1972 par l’OCDE et que le Code de l’environnement l’inscrit à son article L.110-1. Mais sans doute cela ne doit-il concerner que les taxes d’assainissement des eaux et d’enlèvement des ordures ménagères, car BSN-DANONE n’a pas acquitté les travaux de nettoyage du site – restés à la charge du contribuable (EPORA) – et se refuse à payer les dégâts sur les hommes qu’il laisse à la charge de la Sécurité sociale.

Les verriers poursuivront leur lutte, car elle seule est payante. Aujourd’hui, treize maladies professionnelles ont été reconnues chez les verriers de Givors (amiante, hydrocarbure, silice, benzène, arsenic). Alors que l’on n’en compte que 25 en quatre ans sur l’ensemble de la branche verrerie d’emballage comptant 14 000 salariés !

Dans l’attente de la décision de la Cour administrative d’appel, qui devrait intervenir dans les jours qui viennent, les verriers considèrent qu’un nouveau refus d’inscription du site constituerait une nouvelle injustice, une discrimination, au regard des quatre autres verreries françaises semblables à celle de Givors qui ont déjà bénéficié de ce classement. Certes, elles ne l’ont été qu’après de longues batailles judiciaires devant tribunaux et cours d’appel. Si cela devait être le cas, le recours serait porté devant le Conseil d’État.