L’enquête de santé, menée en 2009 par l’association des anciens verriers parmi ses membres, révélait déjà un nombre de cancers important de la vessie (5) et du côlon (6). La vie, et hélas la mort, n’ont fait que confirmer ces risques engendrés par les conditions de travail. L’âge moyen de décès de ces victimes s’établit à 68 ans. Soit douze années avant la durée moyenne de vie des hommes en France.

Les victimes du cancer de la vessie travaillaient en maintenance, au choix ou en fabrication. Les victimes du cancer du côlon travaillaient en fabrication, au choix ou à la composition. Certains de ceux-ci travaillaient en postes alternés, en horaires décalés de jour et de nuit. Pour ceux qui étaient affectés au secteur choix, particulièrement les caristes travaillaient également au sous-sol des machines, au groisil où s’écoulaient tous les résidus de la fabrication : verre et graisse en fusion, solvants. Sans protection particulière, dans un environnement pathogène exempt de ventilation.

Le graissage des moules de verrerie à 800° provoque des vapeurs et des HAP hautement cancérogènes.

Les cancers de la vessie sont reconnus en maladie professionnelle par la Sécurité sociale au tableau 16 bis, depuis le décret du 16 mai 1988. À ce jour aucun verrier de Givors n’a été reconnu comme tel. Soulignant une fois de plus la difficulté de cette démarche. Pourtant, l’exposition aux brais de houille, au goudron de houille, à l’huile de houille, aux suies de combustion, attestée par la médecine du travail à la verrerie de Givors permettrait cette reconnaissance. Ces expositions sont également reconnues à la source de cancers des voies urinaires au même tableau 16 bis. Cependant, sept cancers du poumon dus à l’amiante ont été reconnus à la verrerie de Givors, six à la silice, au benzène, à l’arsenic, aux hydrocarbures et solvants.

Quant au cancer de l’appareil digestif, dans la dernière évaluation de la cancérogénicité de l’amiante du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), le groupe de travail retient une association positive entre l’exposition à l’amiante et le cancer colorectal. Cependant, le groupe de travail était divisé quant à savoir si les éléments de preuve étaient suffisants, la littérature suggérant par ailleurs une association plus forte pour le cancer du côlon que pour le cancer du rectum. Depuis la monographie du CIRC, plusieurs études s’intéressant à l’association entre exposition à l’amiante et cancers digestifs (colorectal, pharynx, estomac, œsophage, foie, voies biliaires,…) ont été publiées. Certaines semblent apporter des indications supplémentaires de l’existence d’une relation entre exposition professionnelle à l’amiante et la survenue de cancers digestifs, particulièrement de cancers colorectaux (INRS Amiante Fiche toxicologique n°145). L’amiante serait donc sérieusement suspectée dans le développement des ces types de cancer.

Autre élément aggravant dans le développement de ces cancers, le travail posté. Le CIRC avait classé en 2007 le travail de nuit dans le groupe des cancérogènes probables pour l’homme (catégorie 2A). De nombreuses études montrent que le travail posté et/ou de nuit peut augmenter le risque de cancer du sein chez la femme, cancer du sein qui serait dû aux perturbations des rythmes biologiques. D’autres études envisageraient d’éventuelles relations entre les horaires atypiques et d’autres types de cancers (prostate, ovaire, pancréas, côlon, rectum) mais qui ne permettent pas de conclure à l’heure actuelle. http://www.inrs.fr/risques/

Comme on le voit des recherches s’intéressent à la relation cancer/travail, recherchant l’incidence des conditions de travail et d’expositions toxiques sur les lieux de production et le développement des pathologies qui frappent le monde de la production. Mais il manque des moyens en ce domaine et surtout une volonté politique, comme le montre le combat des verriers qui depuis 2009 n’ont toujours pas vu la santé publique se pencher sur leurs données. Les services de santé au travail ne peuvent se sentir quittes en déclarant que l’étude des verriers « n’est pas scientifique ». Suffit-il encore d’en faire la démonstration !

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