Plus de vingt ans après l’interdiction de l’amiante (1er janvier 1997), les cancers apparaissent en plus grand nombre. Environ 1 100 nouveaux cas sont détectés chaque année en France, contre 800 à la fin des années 1990, d’après les estimations de Santé Publique France.

Le mésothéliome pleural est un cancer de la plèvre consécutif à une exposition à l’amiante dans la plupart des cas. Les premiers symptômes peuvent apparaître jusqu’à 40 ans après avoir été au contact du matériau pour la première fois. Pour neuf hommes atteints sur dix, l’exposition à l’amiante est liée à leur métier alors qu’elle a eu lieu hors du travail pour un tiers des femmes. Pour ces dernières, le nombre de cas a doublé en 20 ans même si elles représentent aujourd’hui moins d’un tiers des personnes atteintes par la maladie. L’amiante était partout, à l’entreprise mais aussi dans les immeubles, y compris dans les appartements et les appareils électroménagers.

Avec le temps, la proportion des moins de 60 ans parmi les nouveaux cas diminue, et l’âge au moment du diagnostic recule : il est passé de 60 à plus 75 ans, quelque soit le sexe, entre 1998 et 2017. Comme l’apparition de la maladie peut être tardive, Santé Publique France conclut que « l’amiante est et restera encore pendant plusieurs décennies un sujet majeur de santé publique, de santé au travail et de santé environnementale ». En 2014, un rapport du Haut conseil de la santé publique a estimé que l’amiante pourrait être la cause de 68 000 à 100 000 décès par cancer entre 2009 et 2050.

Que quatre verreries de fabrication de verre d’emballage, comme celle de Givors, soient inscrites sur la liste des « sites amiantés » du ministre du travail – suite à des décisions de tribunaux et cours administratives d’appel – n’a pas fait varier le discours du rapporteur public, représentant le pouvoir lors de la procédure engagée par les verriers de Givors. Il a continué de considérer que la verrerie de Givors se rattachait à l’« industrie alimentaire », rejoignant cet avocat d’O.I. Manufacturing qui plaidait dans une procédure aux Prud’hommes que l’on « pouvait y manger parterre ». Les verriers de Givors furent déboutés de leur demande d’inscription de la verrerie dans la liste de sites amiantés, malgré des preuves évidentes de l’exposition cancérigène.

« Cette verrerie a effectivement recours à l’amiante… calorifugeage, toiture, faux-plafonds », l’inspectrice du travail.

Huit reconnaissances en maladie professionnelle de cancers consécutifs à une exposition à l’amiante ; plusieurs dizaines d’attestations individuelles d’exposition à l’amiante délivrées par l’entreprise ; quinze fiches élaborées par la direction au moment de la fermeture indiquant la présence d’amiante dans l’ensemble des postes de travail de l’entreprise (y compris dans deux secteurs « administratifs »), représentant l’environnement de travail de 78 % des effectifs ; un marché public de désamiantage de 32 000 m² attribué à la fermeture du site, ne seraient pas des éléments suffisants. L’une de ces fiches d’exposition à l’amiante (n°10) précise même que la protection d’usage est un « masque en papier » !

Le Centre international de recherche sur le cancer considère que l’amiante peut être la cause de cancers du poumon, du pharynx, de l’estomac, du colon/rectum, du larynx, de la plèvre et du péritoine. Sur 353 verriers dont l’association connaît l’état de santé, 48 sont atteints du poumon, 2 du pharynx, 5 de l’estomac, 5 du colon/rectum, 2 du larynx, 3 du mésothélium (plèvre et péritoine). Certains sont déjà décédés de ces pathologies. Parmi les 48 verriers atteints du poumon, 19 travaillaient au secteur choix, 11 en maintenance, 15 en fabrication, 1 fumiste, 1 en composition, 1 en moulerie. Ceux atteints du larynx travaillaient à la maintenance et en fabrication. Tous les secteurs de fabrication ont connu des malades et décès liés à l’exposition à l’amiante.

Au travers des diverses procédures engagées par l’association des verriers de Givors sur l’amiante on constate la collusion entre le patronat et le pouvoir politique pour nier les risques de la fibre tueuse. Le grand procès pénal des responsables de la poursuite d’usage de l’amiante, bien après la révélation de sa dangerosité, reste à venir.

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