Dans sa recherche des causes de maladies professionnelles, l’association des anciens verriers a reconstitué, dès 2009, les processus de fabrication du verre creux à la verrerie de Givors et identifié poste par poste de travail les produits utilisés dans la production. Puis recherché les risques pour la santé identifiés par l’expertise (INRS, CIRC-IARC, UE Sécurité sociale) ou les fabricants (fiches de données de sécurité) engendrés par ces produits. Visiblement, ce ne fut pas le souci de la direction de l’entreprise qui fut pourtant obsédée par l’absentéisme, avec quelques raisons surtout financières on s’en doute, comme on le verra.

TOPO, le périodique de la direction d’avril 1992, publie un articulet sur l’absentéisme en 1991 qu’il chiffre à 9,1 %, et souligne que cela représente « 42 personnes absentes tous les jours. L’absentéisme a coûté 4,5 millions de francs ». Et ce chiffre précise le journal ne tient pas compte des absences « prévisibles : congés payés, jours fériés, week-end, etc »

Les débats sur la question au sein du Comité d’hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) éclaire un peu mieux l’attitude de la direction sur le sujet. Lors de la signature du Protocole d’accord pour la mise en place du CHSCT, le 26 février 1985, les représentants des salariés imposent leur intervention sur les questions de sécurité : Art. 1, Mission du CHSCT. L’exercice essentiel de cette mission demeure la prévention des risques professionnels. C’est à dire (3 points) 1° contribuer à la protection de la santé et de la sécurité des salariés… Art. 4, Inspection et enquêtes. Les inspections d’usine devront avoir lieu au moins une fois par trimestre. Participeront à ces visites, une délégation formée par le chef d’établissement ou son représentant, et des membres du CHSCT, du responsable de la sécurité, et de la hiérarchie du secteur.

Lors de la réunion du Comité d’entreprise du 2 octobre 1991, la CGT pose la question de l’analyse des fumées des huiles de fabrication. Le représentant de la direction répond : « on en reparlera lors du prochain CHSCT, et nous devrons élaborer un plan de travail comme nous en avons convenu, il y a un an, à Saint-Andéol ». Ils en ont convenu il y a un an, mais on repousse encore l’échéance ! La CGT poursuit : « La cheminée du four 7 fume beaucoup. Est-il prévu de la rehausser ? » La direction renvoie à 1993. CGT : « lorsque les fours étaient chauffés au gaz, il y avait beaucoup moins de fumée ». La direction considère que pour des raisons de prix on est obligés de privilégier le fuel. D’autre part, ajoute-t-elle, nous devons respecter les contraintes de l’environnement et aujourd’hui le dossier « eaux » est beaucoup plus prioritaire que celui de la cheminée du four 7. Voilà le mot est lâché : « PRIX », avec une hiérarchisation des priorités. La préservation de la santé n’en fait pas partie.

Lors de la réunion du CHSCT du 1er trimestre 1998, les représentants des salariés posent la question : « Par quoi remplace-t-on l’amiante ? ». Alors que ce cancérogène vient d’être interdit, la réponse de la direction est surprenante : « Ceraboard, Cordon K45, Fibre en vrac K45, Zirlane nappe K45, tous ces produits sont classés 2a probablement cancérogènes ou 2b possibilité cancérogènes ». On remplace l’amiante par… d’autres produits amiantés, en annonçant même leur classement dans la liste des cancérogènes !

Les délégués du personnel à la sécurité ne cesseront plus d’intervenir sur ces questions. Au CHSCT du 17 mars 1998, réunion exceptionnelle pour débattre sur l’usage des produits cancérogènes. La CGT remarque que « le cahier des produits chimiques utilisés en fabrication a, chose extraordinaire, été remis à jour depuis une semaine et peut-être sans doute à cause de cette réunion ». Le médecin du travail fait remarquer qu’à son arrivée en 1990, elle a mis un an et demi pour mettre à jour les fiches de données de sécurité des produits (FDS). Alors que c’est une obligation légale depuis avril 1988.

Au CHSCT du 2e trimestre 1998, débat sur les produits chimiques utilisés et demande d’examens médicaux spécifiques pour toutes personnes exposées au Titane et à l’Étain. Le médecin du travail rappelle qu’il avait été décidé au départ de refuser un produit chimique dont on n’avait pas la fiche de sécurité correspondante. Elle se plaint d’ailleurs de ne pas être tenue informée. Jusqu’à la fermeture de l’entreprise en janvier 2003 ce sera une bataille constante, toujours recommencée, jamais gagnée !

A suivre…