Le rapport du médecin du travail au CHS pour l’année 1965 à la verrerie de Givors met en évidence une partie des risques professionnels, mais reste discret particulièrement sur les risques chimiques (voir absentéisme [1]). Au cours de l’année un certains nombre d’examens spéciaux ont été effectués : * au médecin traitants : 13 ; * consultation hospitalière : 11 ; * un spécialiste : 24 ; * un dispensaire : 1.

Le volume des accidents du travail n’est pas anodin. Sur 602 salariés, le médecin note pour l’année * 208 accidents ont fait l’objet d’une déclaration, donnant un taux de fréquence de 11,05 ; * Dans 134 cas il y a eu arrêt de travail. Il précise la conséquences des accidents (tableau annexe) : 72 accidents n’ont entraîné aucune incapacité ; 125 accidents ont entraîné une incapacité temporaire ; 7 accident ont entraîné une incapacité permanente. Sur l’année on compte 4 283 journées de travail perdues.

Le rapport médical souligne les risques du travail à la chaleur particulièrement : « Le travail à la chaleur des fours est une source intense de déshydratation du personnel exposé. Ces déperditions liquidiennes doivent être remplacées ; la prise de quantités importantes de liquide ajoutée à la déperdition de sel dans la transpiration est une cause de fatigue. On se propose de faire un essai de Formax (produit contenant du sel et du lactose) sur une partie des personnes exposées à la chaleur pour réduire les pertes de liquide dues à la transpiration, la fatigue et la soif. »

Coulée du four 7, juin 1993

Si le médecin envisage un « essai… sur une partie des personnes exposées à la chaleur », aucune étude sur les causes des accidents graves et importants intervenus n’a été réalisée, aucune proposition n’est avancée pour améliorer la sécurité sur les postes de travail. Pourtant, l’étude des 208 accidents sur 602 salariés, sans doute particulièrement concentrés sur les lieux de production, aurait permis de dégager des axes d’amélioration de la sécurité.

Vingt-trois ans plus tard, en septembre 1988, le directeur et le responsable des Ressources Sociales communiquent aux représentants du personnel la synthèse d’un rapport d’une Demoiselle L. Bernard sur l’absentéisme. On remarque que l’importance du personnel absent à la verrerie de Givors reste une préoccupation de la direction. Le taux d’absentéisme « reste plus élevé que la moyenne du verre d’emballage, précise la synthèse. C’est dire l’importance du problème. Une analyse mensuelle sur 1987 et début 1988 permet de mesurer l’importance des absences courtes pour maladies et accidents du travail qui représentent 82 % de l’ensemble de l’absentéisme imprévisible… Sous cette dénomination la synthèse précise : « sont regroupés tous les types d’absences sur lesquels l’employeur ne peut intervenir directement : accidents du travail, maladies, absences non justifiées ». Mais note néanmoins que « par ces absences courtes s’expriment les insatisfactions… » Sur l’année 1987, 65 % de l’effectif se serait absenté plus d’une fois, avec une durée moyenne d’absence de 8 jours, soit plus de 30 personnes absentes chaque jour, pour des absences de courte durée ! Si 25 % de ces arrêts sont à l’initiative des gens, 70 % le sont sur prescription médicale.

Même si la synthèse de l’étude ne fait pas état des causes de l’absentéisme, elle soulève le voile sur quelques raisons qui mériteraient étude… qui rendrait plus visible les causes d’absence sur lesquelles la direction pourrait intervenir : accidents et maladies notamment ! Car, si la moyenne d’âge à la verrerie assez élevée : 71 % se situe dans une tranche d’âge de 35 à 54 ans ; « avec la prise d’âge, les gens s’absentent plus » ; « c’est en fabrication que l’on s’absente le plus, ce qui semble être un secteur sensible. Les départements Expéditions et Choix ont un absentéisme également élevé ». Elle souligne les points sensibles sur le climat social : conditions de travail, rémunérations, relations dans le travail, information, « les conditions de travail sont estimées encore assez médiocres… essentiellement en termes d’organisation et de charge de travail »

Comme le confirme le débat qui suivit au Comité d’Entreprise du 28 septembre 1988 à propos du rapport Bernard sur l’absentéisme. La CFDT « pense qu’un grand nombre de problèmes ne sont pas discutés sérieusement, et n’aboutissent jamais » et « la CGC estime que ce rapport n’apporte rien de nouveau à ce qui est déjà connu depuis de longues années. Elle a noté, au cours des entretiens une tendance à dévier du sujet, et refusé de réponse à certaines questions ». La direction se sent le besoin de préciser qu’elle n’a pas donné de « directives particulières, ni exercé de pressions ». Mais elle ne communique qu’une synthèse de l’étude !

A suivre…

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