Santé publique France (SPF) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire lancent une étude inédite sur l’exposition aux pesticides des riverains d’exploitation viticole. A peine lancée, cette étude inquiète déjà la pinardiers du Bordelais. Mais elle répond déjà en partie à la volonté exprimée par les représentants d’associations de riverains de terrains agricoles fortement soumis aux traitements chimiques.

Si la viticulture a été choisie, explique-t-on à SPF, c’est d’une part que « l’imbrication » entre habitations et parcelles cultivées est plus forte que pour d’autres types de culture, et d’autre part que « des remontées de signaux sanitaires [leur] parviennent de zones viticoles, avec notamment des cas de clusters de cancers pédiatriques proches de ces zones ». Expression de protestation de riverains victimes de maladies attribuables aux expositions chimiques. L’étude se déroulera en deux temps : d’octobre 2021 à février 2022, puis de mars à août 2022 pour inclure une période de traitements. Les résultats finaux ne sont pas attendus avant 2024.

Loin de cibler le seul Bordelais, l’étude PestiRiv cible aussi d’autres régions. Les volontaires sont recrutés – à partir du 25 octobre – sur 162 sites répartis dans six grandes régions viticoles de France : Nouvelle-Aquitaine (500 ménages), Grand-Est (300), Occitanie (250), Provence-Alpes-Côtes d’Azur (250), Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté (200).

Des analyses de cheveux et d’urines doivent être conduites auprès de 1 500 adultes et 750 enfants vivant à moins de 500 mètres des vignes et à plus d’un kilomètre de toute autre culture. L’exposition de cette population sera comparée à celle de 750 adultes et 350 enfants vivant à plus de 5 kilomètres de toute exploitation viticole et à plus d’un kilomètre de toute autre culture. Ces analyses biologiques seront couplées avec d’autres mesures environnementales : présence de pesticides dans l’air et dans les légumes du jardin, usage de produits insecticides au domicile.

Un territoire agricole fortement développé et dynamisé par la chimie.

Une cinquantaine de pesticides, sur les quelque 400 autorisés en Europe, seront passés au crible : ceux qui sont à la fois les plus toxiques, les plus utilisés sur le raisin et/ou au cœur de controverses scientifiques, dit-on à l’Anses. Seront en particulier recherchés le folpel, le glyphosate, classé cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer, mais dédouané par les agences réglementaires, ainsi que différents fongicides de la classe des inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI) dont l’interdiction est demandée par de nombreux chercheurs, en application du principe de précaution. Le cas du folpel est emblématique. Il fait partie des dix substances actives les plus fréquemment retrouvées dans l’air en France. Utilisé contre le mildiou, le « fongicide de la vigne » est considéré comme possible cancérogène par l’Agence européenne des produits chimiques.

Plusieurs publications scientifiques montrent une association entre la survenue de pathologies, dans certains territoires, et la densité d’exploitations viticoles dans ces mêmes secteurs. Selon une étude française, parue, en 2017, dans la revue European Journal of Epidemiology, la prévalence de la maladie de Parkinson est supérieure d’environ 10 % dans les cantons où la vigne est la plus présente, par rapport à ceux où elle l’est le moins. D’autres travaux, publiés en 2020 dans Environmental Research, mentionnent pour leur part une incidence légèrement accrue de certaines leucémies pédiatriques, en lien avec la proximité d’exploitations viticoles.

« Enfin ! Cela fait dix ans que l’on réclame une étude sur l’exposition des riverains aux pesticides. A l’époque, au ministère de l’agriculture, on nous répondait que c’était un non-sujet. Mais que de temps de perdu !, commente François Veillerette, le porte-parole de l’association Générations futures. Les résultats ne seront publiés qu’en 2024, en espérant qu’ils ne restent pas au fond d’un tiroir. Et ce ne sera que le début de l’histoire. Pendant ce temps, les gens continuent d’être malades. »

Source : www.lemonde.fr/ (19/10/2021)