La « prévention du tabagisme » fut un motif de communication à la verrerie de Givors et de mise en place de dispositifs particuliers à cette fin, au premier trimestre 1993… Notamment au travers du trimestriel de la direction Point fusion,rappelant que le « 1er novembre 1992, date fatidique pour les 36 % d’entre nous qui fumons. Le décret du 29.05.92 entre en vigueur. Il devient interdit de fumer dans les locaux affectés à l’ensemble des salariés. L’esprit de la loi est simple. La prévention du tabagisme doit aussi se faire sur les lieux de travail. » Une direction sociale qui prend largement soin de la santé de ses salariés ? Il faut quand même y regarder de plus près. Quelques extraits de réunions des instances représentatives du personnel sont tout à fait éclairantes.

Le 6 mai 1988, les membres du comité d’hygiène et sécurité (CHSCT) demandent si la direction souhaite « favoriser la prévention et donner les moyens financiers pour améliorer les conditions de travail ». La direction répond que l’on dispose des moyens nécessaires et qu’il est moins coûteux de prévenir que de payer les conséquences des accidents du travail. Les membres du CHSCT demandent que sous prétexte de faire baisser les accidents du travail (A.T.) on ne fasse pas changer les A.T. en maladie. La direction renvoie la responsabilité à l’« ensemble du personnel qui ne comprend pas la dimension du problème… » Le 6 septembre 1988, présentation aux élus du comité d’entreprise (C.E.) d’une étude sur l’absentéisme et ses causes. La première cause est liée aux conditions de travail : « Les conditions de travail sont estimées encore assez médiocres… »

Pour la direction, dans le domaine de la sécurité, il y a des priorités. Au C.E. du 2 octobre 1991, la CGT pose la question : « où en est l’analyse des fumées des huiles de fabrication ». Le représentant de la direction répond : « on en reparlera lors du prochain CHSCT, et nous devrons élaborer un plan de travail comme nous en avons convenu, il y a un an, à Saint-Andéol ». C’est à dire que depuis un an décision a été prise d’élaborer un plan de travail sur le sujet, mais la direction renvoie au trimestre suivant le sujet, peut-être pour le reporter encore ? La CGT poursuit son questionnement : « La cheminée du four 7 fume beaucoup. Est-il prévu de la rehausser ? » La direction renvoie à 1993. C’est à dire qu’on verra ça dans deux ans… CGT questionne encore : « lorsque les fours étaient chauffés au gaz, il y avait beaucoup moins de fumée ». La direction considère que pour des raisons de prix on est obligés de privilégier le fuel. D’autre part, ajoute-t-elle, nous devons respecter les contraintes de l’environnement et aujourd’hui le dossier « eaux » est beaucoup plus prioritaire que celui de la cheminée du four 7. La fumée d’hydrocarbures ne fait pas partie de l’environnement pour la direction de l’entreprise !

Après les grandes envolées de la direction sur le tabagisme du début 1993, on remarquera que la question de l’entretien des équipement de sécurité et des vapeurs de produits toxiques laisse beaucoup à désirer. A la réunion du 1er trimestre 1998, le CHSCT constate que le Scellover est interdit, mais l’usage continue sur la machine 71, et sans haute d’aspiration c’est à dire sans équipement collectif de protection. Lors de la réunion du 2e trimestre 1998, un débat s’instaure sur les produits chimiques utilisés et est formulée une demande d’examens médicaux spécifiques pour toutes personnes exposées au Titane et à l’Étain. Le médecin du travail en profite pour rappeler qu’il avait été décidé au départ de refuser un produit chimique dont on n’avait pas la fiche de sécurité correspondante. Elle se plaint d’ailleurs de ne « pas être tenue informée ». Les demandes sont renvoyées à pus tard…

Dans un jugement du 18 janvier 2021, le Tribunal Judiciaire d’Arras vient de condamner pour faute inexcusable O.I. Manufacturing, le repreneur de la verrerie de Givors, et de rappeler les obligations de l’entreprise : « Il est constant que l’employeur est tenu envers son salarié d’une obligation de sécurité de résultat, notamment en ce qui concerne les maladies professionnelles contractées par ce salarié du fait des produits fabriqués ou utilisés par l’entreprise ; le manquement à cette obligation a le caractère de faute inexcusable au sens de l’article L 452-1 du code de la sécurité sociale lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et qu’il n’a pas mis en œuvre les mesures nécessaires pour l’en protéger. » Un quart de siècle après les réunions citées plus haut, le patronat verrier n’a toujours pas compris qu’il est responsable de la santé de ses salariés !