Environ 20 % des lits d’hôpitaux seraient inutilisés faute de personnel. C’est le chiffre avancé le 26 octobre par l’enquête flash menée par Jean-François Delfraissy, le président du Conseil scientifique. Réalisée début octobre, cette enquête soulève des questions, après plus d’un an et demi d’épidémie de Covid-19 ayant fait peser une très importante pression sur les services hospitaliers français.

Mais la tendance à la baisse du nombre de lits d’hospitalisation en France n’est pas nouvelle, en particulier dans les établissements publics. Depuis 2000, le constat est sans appel : les établissements médicaux publics français ont perdu 79 896 lits d’hospitalisation, c’est-à-dire un quart de leur capacité d’accueil, selon les données de la Drees consultées par franceinfo. Cette baisse s’observe un peu partout sur le territoire, puisque tous les départements de France hexagonale ont vu ce nombre de lits d’hospitalisation dans le public baisser, à l’exception du Val-de-Marne.

Dans certains départements ruraux, ce nombre a même été presque divisé par deux depuis 2000. C’est le cas des Alpes-de-Haute-Provence, de la Creuse ou de la Sarthe, qui affichent respectivement 44 %, 45 % et 48 % de baisse. La plus forte chute du nombre de lits dans les établissements publics est observée en Ardèche, qui est passée de 2 460 à 1 132 lits, soit une baisse de 54 %.

Deux phénomènes sont visibles sur l’animation publiée par Franceinfo. Le premier est la baisse globale du nombre de lits ; le second est la réduction du nombre d’établissements publics possédant des lits d’hospitalisation. On passe de 1 019 en 2000 à 932 en 2010, puis 803 en 2021.

Comment expliquer cette baisse du nombre de lits sur les vingt dernières années ? Contactée par franceinfo, la Direction de la recherche des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) avance plusieurs raisons. La première est le changement dans la prise en charge du grand âge avec le transfert, au cours des années 2000, de nombreux lits des unités de soins de longue durée (USLD) vers les Ehpad, assure l’organisme responsable de la collecte de ces données pour le ministère de la Santé. Ces derniers n’apparaissent pas dans les chiffres puisqu’ils n’ont pas d’autorisation de soin, le critère fixé par la Drees pour faire figurer un établissement. Mais cela ne suffit pas à expliquer la baisse globale, puisque ces USLD représentaient moins de 15 % des lits en 2000.

L’autre raison avancée est ce qui est appelé le « virage ambulatoire », c’est-à-dire le passage d’un système centré sur l’hôpital à un recours plus important aux médecins généralistes et à l’hospitalisation à domicile. Ce transfert a fait mécaniquement baisser le nombre de lits ouverts dans les hôpitaux. Pour Rachel Bocher, présidente de l’INPH, premier intersyndicat national des praticiens hospitaliers, « le virage ambulatoire est peut-être une bonne chose, mais l’hôpital public doit aussi être en mesure d’avoir les capacités pour faire face aux périodes de crise, comme on l’a vécu avec le Covid ».

En cas de crise, pour avoir un lit d’hospitalisation opérationnel, il faut du matériel mais aussi le personnel pour s’en occuper. Rachel Bocher pointe « un manque d’attractivité pour le métier [de soignant], faute de rémunération et avec des horaires à rallonge qui rebutent beaucoup de jeunes ». Jean-François Cibien, président de l’intersyndicale Action praticiens hôpital, souligne quant à lui le problème de rémunération spécifique dans l’hôpital public.

Les chiffres montrent effectivement que la baisse du nombre de lits est plus importante dans le secteur public. Quand les établissements publics ont vu leur capacité baisser de 25 % en vingt ans, cette baisse a été de seulement 3 % dans le privé à but lucratif, c’est-à-dire générant des bénéfices (les cliniques). Le privé à but non lucratif (les associations ou fondations) connaît, lui, une évolution plus proche de celle du public, avec une baisse de 21 % sur vingt ans.

Les deux représentants syndicaux estiment que l’annonce d’un investissement de 6 milliards d’euros dans le système de santé, faite lors du Ségur de la santé en juillet 2020, va dans le bon sens mais qu’il faut aller plus loin. Ils se montrent très inquiets sur la situation à court terme, car pour pallier le manque de soignants, il faut d’abord les former, ce qui prend nécessairement plusieurs années.

Source: https://www.francetvinfo.fr/ (09/11/2021)