Précédemment est apparu que cette « union sacrée » était une supercherie montée de toutes pièces par la direction de BSN afin de faciliter la fermeture de la verrerie de Givors, dans le cadre de sa restructuration, de sa mutation du verre d’emballage à l’agroalimentaire. Mais l’annonce de la fermeture le 9 avril 2001 et le début de la riposte des travailleurs avaient ébranlé le système laborieusement mis en place. A tel point que le Président du Conseil général du Rhône commençait à désengager l’assemblée départementale, craignant quelques retombées politiques avec des financements occultes contraires aux intérêts de la population.

Loin d’être un « canard boiteux », l’entreprise dégageait une rentabilité 15 %. Mais cela ne suffisait pas et la « variable d’ajustement » que représente la masse salariale est mis à profit par les actionnaires pour accroître les dividendes. Le 9 avril 2001, le Comité central d’entreprise est réuni à Mâcon pour annoncer la fermeture de la verrerie de Givors. Au même moment, dans l’usine en toute illégalité, l’encadrement est chargé d’informer le personnel de cette fermeture. La provocation est évidente, dans l’espoir d’un soulèvement ouvrier contre l’injustice. Le coup est d’ailleurs préparé, les cars de CRS stationnent aux abords de la ville, prêts à intervenir pour faire évacuer les ateliers. Cette intervention permettait de casser l’outil de production, car nous sommes en feu continu et tout arrêt inopiné de fabrication équivaut à la mort des fours en fusion. Ainsi, par ce coup la direction imposait son plan de liquidation sans passer par la phase négociation, quelle redoutait.

Le 1er mai 2001 la manifestation syndicale du département du Rhône en soutien à la lutte des Givordins pour la sauvegarde de 317 emplois.

Mais c’était sans compter sur l’intelligence du mouvement ouvrier. A l’annonce de cette fermeture, le Comité central suspendit immédiatement ses travaux et les délégués rejoignirent leurs ateliers. Les réunions par équipes, par service se multiplièrent, sans arrêt de production. Dans un tel combat, la maîtrise de la production est essentielle. BSN-Danone avait perdu la première manche, le combat de classe était engagé. Il allait durer vingt et un mois. Face à la violence de liquidation de 345 emplois sur un bassin industriel déjà fortement sinistré, l’intersyndicale CGT-CFDT se constituait, l’encadrement se déclarait solidaire, la population et ses élus firent bloc.

La production ne cessa pas, les conditions de fabrication en feu continu ne le permettant pas, mais les livraisons des produits furent rendues dépendantes de l’avancée des négociations du plan social. A tel point qu’à plusieurs reprises la direction s’en inquiéta : trente jours après l’annonce de la fermeture : « Cette semaine est marquée par un assez bon fonctionnement des lignes… Le niveau des stocks non conforme est important. Il voisine 2 000 palettes pour un maximum de 1 500 l’année dernière… » ; trois mois plus tard a direction accuse le coup : un retard de 18 000 tonnes sur les ventes à fin juin ; des stocks en hausse de 43 000 tonnes par rapport à la même période de l’année dernière ; une rentabilité en recul par rapport à 2000… « la Direction étudie de manière approfondie toutes les solutions qui permettront à BSN Glasspack de sauvegarder sa compétitivité… ». Combien de camions ont attendu des jours entiers leur chargement, combien de camions sont repartis à vide, parce que la direction refusait de débloquer dans les négociations sur le plan « social » ? Il fallait qu’elle assume ses responsabilités.

Dès le 11 avril, une comité de coordination pour sauver la verrerie et ses emplois était constitué dans le bassin givordin et annonçait une série d’initiatives : lancement d’une pétition mise à disposition dans tous les lieux publics et dans les 45 communes où habitent des verriers ; Conseil municipal extraordinaire de la ville de Givors, le 27 avril ; réunion « d’information, de solidarité et d’action », le 28 avril ; manifestation départementale du 1er mai à Givors ; délégation du comité de coordination aux présidents des groupes politiques de l’Assemblée nationale et du Sénat, le 4 mai.

Le 17 septembre 2001, l’intersyndicale CGT-CFDT présentait à la presse ses « Propositions alternatives pour la sauvegarde, la modernisation, le développement de la verrerie de Givors et de ses emplois », élaborées par les salariés et les organisations syndicales avec le Comité de soutien. Ce projet démontrait qu’« il est moins cher de construire que de casser ! » Il fut présenté à la direction qui refusa de l’examiner. Les actionnaires avaient décidé de liquider une entreprise pour accroître les dividendes, ce n’était pas pour examiner les propositions des salariés.

Du 22 au 28 octobre 2001, un référendum d’initiative populaire soumettant les « Propositions alternatives pour la modernisation et le développement de la verrerie de Givors », sur les communes de Grigny, Givors, Montagny, Condrieu, Saint-Andéol-le-Château, Chasse-sur-Rhône, Rive-de-Gier, recueillait 15 566 Oui. Les listes d’émargements furent remises au Premier Ministre Lionel Jospin qui n’en accusa même pas réception.