Le 28 septembre, au Conseil des Prudhommes de Lyon, avait lieu l’audience du bureau de conciliation pour les plaintes pour préjudice d’anxiété déposées par 183 cheminots et autres salariés d’entreprises extérieures ayant travaillé aux ex-Ateliers SNCF d’Oullins. Dans ces ateliers, l’amiante était présent et travaillé dans presque tous les bâtiments, et tous les métiers de production y étaient confrontés, tant sur les pièces de locomotives que sur les pièces électriques. Car l’amiante y servait d’isolant électrique ou thermique. Beaucoup de cheminots sont tombés malades : à ce jour on compte 15 décès et 25 ont contracté des cancers ou d’autres maladies.

Pour Christian Brun, aujourd’hui retraité, le technicentre d’Oullins représente quarante années de sa vie durant lesquelles il a été exposé à l’amiante. « On savait les risques que ça engendrait, on savait que depuis 1997 c’était interdit mais qu’il y en a encore. Les matériels, les locomotives qui rentrent ont parfois 40 ans. On a posé des questions, la SNCF nous répondait qu’on n’avait rien à craindre de l’amiante blanche », déplore-t-il. Christian assure qu’aujourd’hui encore, les salariés sont toujours au contact de matériels contaminés à l’amiante, notamment de moteurs.

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Ces employés ou anciens employés ont déposé plainte contre la SNCF au nom du « préjudice d’anxiété ». Un cheminot des ateliers, André Triadon, est mort en 2007. Son cancer a été reconnu comme maladie professionnelle la même année. A côté de lui, une quinzaine d’autres salariés sont décédés de maladies ou de cancers liés à l’amiante. 25 salariés ou anciens salariés ont été reconnus malades par l’entreprise. Pour les autres, et particulièrement en cette période de crise sanitaire, l’anxiété fait donc partie du quotidien. Après plusieurs manifestations dans l’établissement (rassemblements, débrayages, droits d’alerte…) contre l’utilisation de ce poison – 20 ans après son interdiction il est toujours présent sur la plupart des locomotives, sauf les plus récentes. Les plaignants demandent donc maintenant réparation et veulent faire reconnaître le préjudice d’anxiété.

Après cette première audience, la tentative de conciliation ayant échoué, la procédure va suivre son cours car l’avocat de la SNCF a demandé à ce que la requête des cheminots soit déboutée. C’est seulement à l’automne 2021 qu’une audience pourrait alors avoir lieu. Mais malgré la lenteur, bien des cheminots, inquiets pour leur santé, ne veulent pas laisser passer comme si de rien n’était, pour eux, mais aussi pour ceux qui travaillent encore dans les mêmes conditions d’exposition aux cancérogènes. La poursuite de ces procédures est hélas indispensable car les directions se refusent à respecter d’elles-mêmes les exigences du Code du travail et le respect de la santé au travail dont elles sont pourtant responsables devant la loi.

Christian Brun, qui participait au 3e colloque des verriers à Givors en novembre 2019, avait pu alors mettre en évidence le combat opiniâtre que menait le syndicat CGT et ses militants aux ateliers d’Oullins pour des mesures protectrices mais aussi la reconnaissance des maladies professionnelles. « Rassembler les documents nécessaires à l’identification des substances et des expositions : fiches produits, fiches de postes, etc. Travail d’archivage ». Il a pu montrer l’importance de « faire en permanence le compte des copains qui tombent malades et qui meurent », la nécessité de se doter de ses propres chiffres puisque la caisse de prévoyance refuse de les donner (alors même qu’un représentant de la CGT est administrateur de la caisse). Des armes qui aident à la constitution et à l’administration de la preuve, qui favorisent la prise en compte des demandes et l’avancement du dossier. Dans l’entreprise, les résistances sont aussi du côté des salariés qu’il s’agit de protéger : « Le plus dur ça a été de convaincre les cheminots qui étaient davantage intéressés par les primes (liées à l’exposition à l’amiante) que par les questions de santé au travail ». Christian associe la reconnaissance en maladie professionnelle à un double combat, avec les salariés et contre la direction. Et la nécessité d’entretenir la flamme en commémorant annuellement les morts dus à l’amiante dans les ateliers de la SNCF.

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