Roundup : Bayer va verser 10 milliards de dollars pour faire cesser les poursuites mais ne reconnaît aucune faute (www.lemonde.fr/, 25/06/20). Le groupe agrochimique et pharmaceutique allemand, qui a racheté l’américain Monsanto en 2018, a négocié un accord monumental avec les milliers de plaignants avec qui il était en procès dans l’affaire du glyphosate, un herbicide commercialisé par Monsanto sous le nom de Roundup. Cet accord « mettra un terme à environ 75 % des litiges » impliquant ce produit, « qui concernent environ 125 000 plaintes au total », a déclaré Bayer dans un communiqué. Cet accord représente la fin (provisoire) d’un feuilleton judiciaire qui a gravement terni sa crédibilité, son image et la chute vertigineuse de son cours en bourse depuis deux ans. En novembre 2018, Bayer avait perdu la somme gigantesque de 30 milliards d’euros de valeur boursière, alors que le groupe a opéré une augmentation de capital de 9 milliards d’euros pour boucler la fusion.

Le « mariage du siècle » – pour 63 milliards de dollars – au sommet de l’agrochimie mondiale était-il une erreur ? Pas du tout, si Bayer veut sauver ce produit « poule aux œufs d’or » qu’est le glyphosate, c’est que cet herbicide controversé est d’une importance cruciale pour le groupe. Il représentait un quart des ventes de Monsanto. Dans le groupe Bayer consolidé, il pèse 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Si le groupe agrochimique et pharmaceutique allemand veut mettre fin aux poursuites, il ne reconnaît cepandant en aucune manière une faute. Il est prêt à trouver un compromis avec les victimes à dix milliards de dollars pour mettre fin aux poursuites judiciaires, mais en attendant, il continuera à commercialiser le Roundup, aussi bien aux jardiniers privés qu’aux agriculteurs. « Nous estimons qu’il n’y a pas plus de risques pour les uns que pour les autres », a expliqué le chef du département agrochimie de Bayer. Le PDG du groupe a, de son côté, souligné qu’en janvier l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA) avait conclu « n’avoir pas constaté de risque pour la santé pour les personnes humaines en cas d’exposition au glyphosate ». Le compromis négocié entre Bayer et les plaignants ne règle aucunement la controverse actuelle sur l’herbicide et son autorisation. Pour Bayer, le défi est double. Il doit convaincre le grand public que son modèle d’agriculture du futur est « durable », et ses actionnaires qu’il peut générer autant de profits que le glyphosate.

Pulvérisation de désherbant sur un champ de blé mûr en France. Cette pratique commune mais inégalement répartie en France a pour but d’éliminer le chiendent, en particulier en bordure de parcelle cultivée. En effet, le traitement au Roundup (TM) doit atteindre les parties foliaires de cette adventice. Un traitement après récolte serait donc inutile. Le traitement se fait environ huit jours avant la récolte, sur une bande de 25 m en bordure.

Bayer s’est engagé, en 2019, à dépenser cinq milliards d’euros dans les dix prochaines années pour trouver des méthodes alternatives aux herbicides actuels. Le groupe a également décidé de proposer l’accès libre à ses études concernant les pesticides et les organismes génétiquement modifiés. Cela suffira-t-il à rétablir la confiance dans l’opinion ?

Dans la même période, le Commissariat Général au Développement Durable a publié (30/05/2020) les chiffres officiels des ventes de pesticides en France, et les résultats sont alarmants. En dix ans, entre 2009 et 2018, les ventes de glyphosate ont progressé malgré les « engagements » du Président de la République indiquant en 2017 « qu’en trois ans il n’y aurait plus de glyphosate ». Les ventes de cet herbicide ne cessent d’augmenter pour passer de 6 292 tonnes en 2009 à 9 723 tonnes en 2018 ! Cette course en avant trahit l’inefficacité des plans gouvernementaux de réduction des pesticides. Mais, les plans Ecophyto de réduction des pesticides (objectif initial – 50% de pesticides en 2018), qui se succèdent depuis près de dix ans, ont coûté près d’un demi milliard d’euros et ont démontré toute leur inefficacité.

Pourtant on ne peut rester « entre-deux », face à l’explosion des cas de diabète et d’obésité, l’OMS tire elle aussi la sonnette d’alarme. À elles seules, les maladies causées par les perturbateurs endocriniens, cancers mis à part, représenteraient 157 milliards d’euros par an dans l’Union ! Des chiffres à faire frémir, sans commune mesure avec les dépenses liées aux tristes affaires de l’amiante ou du sang contaminé. De nature très variée, ces perturbateurs essentiellement synthétiques se retrouvent aussi bien dans les traitements contre les insectes et les mauvaises herbes (Glyphosate, par exemple) que dans les cosmétiques, les emballages alimentaires, les ustensiles de cuisine, le mobilier, les peintures et les jouets.

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